Les indices avancés de l'économie sont pourtant clairs : les Etats-Unis et l'Europe ont bien amorcé leur reprise. Les carnets de commandes sont pleins (voir le graphique), les bilans des entreprises sains et les résultats publiés dernièrement reflètent plutôt de bonnes surprises. Pourquoi, alors, les marchés ne saluent-ils pas ces bonnes nouvelles ? La réponse provient, sans aucun doute, de l'endettement des Etats et des mesures qui vont devoir être adoptées pour assainir les finances publiques.
Si l'Europe du Sud reste sous les feux de la rampe, la situation peut inquiéter même aux Etats-Unis où certains Etats, comme la Californie, « sont dans une situation bien pire que la Grèce », assure Olivier de Faramond, directeur des gestions chez Swan Capital Management. Bernard Aybran, directeur de la multigestion d'Invesco Asset Management, rappelle d'ailleurs que CalPers, le fonds de pension des fonctionnaires retraités de Californie, présente un déficit estimé à 500 milliards de dollars !
Difficile donc de trouver des sources de rendement : les doutes sur la croissance grèvent la performance des actions tandis que la peur du risque oriente les flux vers les placements les plus sûrs devenus très peu rémunérateurs.
Revenir à des valeurs de long terme...
Pour l'année prochaine, les gérants ne se montrent pas très optimistes sur les actions. « Il faudra beaucoup de temps pour que les choses se normalisent et que la confiance revienne et pour absorber le problème de la dette des Etats », affirme Olivier de Faramond. Les gestionnaires devront peut-être revenir sur la notion de « long terme » dans leur discours. Sur les 20 dernières années, le Dow Jones affiche une progression annualisée de 7,7 %. Ce chiffre tombe à zéro sur les dix dernières. La décennie perdue pour les actions pourrait, pour certains, encore se prolonger. Et ce, même si les valorisations paraissent plutôt intéressantes dans quasiment toutes les zones géographiques.
Ainsi, les ratios de cours sur bénéfices restent cantonnés aux alentours de 13,5 pour les Etats-Unis et 11,5 pour l'Europe, des niveaux très comparables, voire inférieurs à leur moyenne historique. Problème : plutôt que d'être attendus en progression, « ces chiffres sont révisés à la baisse pour 2011 à cause de craintes sur un ralentissement de la croissance économique », explique Olivier de Faramond.
... mais toujours des mouvements erratiques à attendre.
Les jours derniers l'ont prouvé, des mouvements brutaux sur les actions juste avant l'été ne sont pas à exclure, aussi bien à la baisse qu'à la hausse, guidés par les chiffres micro et macroéconomiques. Cependant, « personne ne sait si le ralentissement de l'économie a été suffisamment pris en compte par le marché. Nous y verrons plus clair seulement lorsque les sociétés auront retrouvé un rythme de croisière et publieront des résultats qui ne seront plus déformés par l'effet de base provoqué par la crise de 2008 », avertit Olivier de Faramond. Les incertitudes sont telles que les gérants remettent même parfois en cause la pertinence de certains indicateurs avancés. « Certes, les directeurs d'achat sont optimistes, mais les carnets de commandes pourraient se vider aussi vite qu'ils se sont remplis. En effet, les entreprises ne peuvent pas prédire le comportement de leurs clients dans le cas d'un ralentissement de l'économie, même marginal », met en garde un gérant.
Changement de paradigme.
Dans cet environnement, un thème revient cependant : les pays émergents. Que ce soit comme moteur de la croissance des économies occidentales ou plus localement, ils ont maintenant pris une place prépondérante dans le paysage économique mondial. Certes, le découplage de cette zone avec les économies développées n'a pas été démontré - les émergents ont souffert, comme les autres, de la crise -, mais leurs marchés financiers sont devenus des places « presque » comme les autres. « La volatilité du MSCI Emergent est devenue plus faible que celle du CAC 40, avec une baisse moins forte pendant le krach de 2008 et un rebond plus fort en 2009 », constate Bernard Aybran. « Il n'est pas aberrant que les émergents fassent partie du cœur d'allocation d'un portefeuille », continue-t-il. L'idée n'est pas encore admise par tous, mais elle fait son chemin.