Crédit Agricole SA (CASA) a remporté son pari. Il y a un an, il annonçait son intention de passer de la huitième à la première place du marché français des fonds ouverts d'investissement socialement responsable (ISR). Dès sa création en janvier 2010, Amundi, sa coentreprise de gestion d'actifs avec Société Générale Asset Management (SGAM), se démarquait nettement avec 8 milliards d'euros d'encours sur ces produits (voir le graphique page 21), et 14 milliards d'euros d'actifs ISR au total (y compris l'épargne salariale, les fonds dédiés et mandats d'institutionnels). Même sans l'apport de SGAM, Crédit Agricole Asset Management (CAAM) aurait pris la tête du classement grâce à l'application à un fonds monétaire de 6 milliards d'euros des critères ESG (environnement, social, gouvernance), qui sont le dénominateur commun de la gestion ISR.
CASA s'est en outre lancé un autre défi : convertir la clientèle de ses réseaux (caisses régionales et LCL), qui pèse peu dans la gestion responsable face aux institutionnels (voir le tableau). Crédit Agricole Assurances propose ainsi depuis le mois dernier quatre nouveaux supports ISR - trois fonds Amundi et un fonds Natixis Asset Management (AM) - dans trois contrats d'assurance vie haut de gamme. « Deux fonds de développement durable étaient déjà référencés dans certains contrats du groupe mais leur utilisation était jusqu'à présent très marginale », explique Michèle Jardin, directrice générale d'Ideam, le centre de recherche ISR de CAAM. Crédit Agricole veut désormais structurer son offre ISR avant de l'étendre à l'ensemble de ses contrats multisupports, à l'image d'autres groupes.
Produits à valeur ajoutée
Outre l'assurance vie, des produits à plus forte valeur ajoutée tels que les fonds structurés ISR sont aussi utilisés par les gérants. Natixis AM s'est lancé sur ce créneau fin 2009 dans l'épargne salariale, offrant ainsi un nouveau choix aux bénéficiaires, tandis que BNP Paribas Investment Partners (BNPP IP) a misé sur la banque privée avec un fonds à échéance 2015. « Cette première expérience a été bien accueillie et a débouché sur une collecte de 100 millions d'euros », se félicite Eric Borremans, directeur du développement de l'investissement responsable et durable (IRD) chez BNPP IP. La recette est déjà très utilisée chez Fortis, en cours d'absorption par BNP Paribas : un tiers de ses quelque 3 milliards d'euros d'encours ISR sont des fonds structurés vendus aux particuliers belges. Le responsable de l'ISR de Fortis Investments, Stewart Armer, chapeaute d'ailleurs désormais la gestion responsable de BNPP IP. Dans la prochaine phase de rationalisation des gammes et des équipes, il est en revanche difficile de savoir quelle sera la place accordée à l'ISR - comme chez Amundi, qui dévoilera son plan stratégique courant avril.
Les deux groupes et leurs concurrents continueront sans doute à mettre en avant les thématiques environnementales ou sociales plus évocatrices que la notation ESG, à l'instar du nouveau fonds Eco CO2 de BNPP IP. « Offrir des produits qui amortissent les chocs des marchés ou qui militent pour un monde plus durable peut nous aider à renouer le contact avec les épargnants sur les fonds moyen-long terme, estime Christine Lacoste, directrice du marketing de Natixis AM. Nous l'avons perdu vers 2005, avant même la crise financière car nos clients ont du mal à encaisser la répétition de chocs violents sur les marchés actions et s'interrogent sur la finalité de leurs placements, pour eux-mêmes comme pour le système financier. »
Alors que la plupart des sociétés de gestion des banques reconnaissent une collecte quasi nulle sur le segment des particuliers en 2009, elles mettent l'accent sur la commercialisation. « Depuis septembre dernier, nous montons en puissance dans les réseaux, assure Michèle Jardin. Pour sensibiliser les chargés de clientèle, nous avons mis sur pied des téléconférences et webconférences sur nos produits, des déplacements en région et des séminaires à destination des formateurs des commerciaux. »
CAAM n'a cependant pas pris part au processus de labellisation des fonds ISR de Novethic, qui a distingué en septembre dernier 92 fonds, dont 14 de Natixis AM. Pour Eric Borremans, « il est encore trop tôt pour mesurer l'impact de ces labels sur la collecte, mais ils constituent un argument de plus pour convaincre les épargnants ». Tout comme le nouveau code de transparence ISR de l'Association française de la gestion financière. La communication sur l'ISR doit encore franchir des obstacles. Après avoir innové avec Bénéfices Futurs, les Caisses d'Epargne - un des deux actionnaires de référence de Natixis via BPCE, issu du rapprochement des Banques Populaires et des Caisses d'Epargne - viennent de suspendre ce programme d'étiquetage développement durable de produits financiers.