Les gérants ISR se décident à automatiser leurs bases de données

Les nouveaux outils permettent d’agréger et d’homogénéiser les notations extra-financières, issues des agences spécialisées et de la recherche interne.

Par Christophe Quester le 01/10/2009 pour L'AGEFI Hebdo

 
 

Nous sommes persuadés qu'une société bien notée sur les trois critères ESG (environnement, social, gouvernance, NDLR) a toutes les chances de bien performer », déclare Pascale Sagnier, responsable de la recherche investissement responsable chez Axa IM. Aussi, depuis décembre 2008, tous les gérants de la société peuvent utiliser RI Search, présent sur leur intranet. Cet outil permet de positionner une valeur par rapport à son secteur de référence sur les trois critères ESG et d'apprécier sa dynamique d'évolution. Chez Natixis AM, c'est depuis la fusion entre Natexis et Ixis, il y a deux ans, qu'un système centralisé a été mis à la disposition de tous les gérants, « pour mesurer la qualité ISR (investissement socialemenr responsable, NDLR) d'un portefeuille quel que soit le type de gestion et délivrer une notation à destination de nos clients totalement indépendante de la gestion », détaille Hervé Guez, responsable de la recherche ISR chez Natixis AM. Chez Dexia AM, dès 2005, une base de données regroupant les notations de quatre agences différentes (Vigeo, Innovest, Ethix et GMI), ainsi que différentes données comme les rejets de CO2
ou le taux de fréquence d'accidents du travail, a été mise au point. « L'analyse des critères E, S et G, nous permet de mieux évaluer les risques et opportunités auxquels sont confrontées les entreprises et d'avoir ainsi une meilleure appréhension de leur valeur à long terme », explique Gaëtan Herinckx, en charge de l'investissement responsable et durable chez Dexia AM.

CAAM, leader du marché français de l'ISR avec près de 11 milliards d'encours gérés au 30 juin 2009 en fonds ouverts selon Novethic, s'est doté d'une plate-forme de notation opérationnelle depuis début 2009. Son nom, SRI pour « Sustainable Rating Integrator », annonce la couleur. « SRI collecte, normalise et stocke les données fournies par nos fournisseurs ainsi que les notes extra-financières d'Ideam, filiale dédiée à l'ISR de CAAM et les intégrer dans le système de gestion des portefeuilles, indique Antoine Sorange, responsable de l'analyse extra-financière chez Ideam. Et le système bloque automatiquement les transactions qui ne seraient pas conformes à la politique ISR des portefeuilles. » C'est du véritable STP (« straight through processing »), c'est-à dire un traitement des flux d'informations en continu et de façon automatisée, avec un minimum d'intervention humaine. « Quand j'étais gérant de fonds ISR, en 2003, nous utilisions des fichiers Excel pour stocker les notations ISR », reconnaît Antoine Sorange. Puis CAAM a été amené à travailler avec de plus en plus de gérants et des fournisseurs de données plus nombreux, cinq à l'heure actuelle. « Nous avons décidé l'élaboration de SRI il y a dix-huit mois, précise Antoine Sorange. Six mois de développement ont été nécessaires pour lancer la première version de l'outil. »

Rendre les données comparables

Mais toutes les sociétés de gestion n'en sont pas à ce stade d'intégration. Ainsi, Groupama AM vient de permettre un accès direct à sa base de données sur les notes ISR des entreprises en portefeuille. « Avant cela, il fallait demander à un ingénieur financier », précise Juliette de Montety, gérante chez Groupama AM. La notation ligne à ligne du portefeuille est en cours de développement.

Qu'ils soient totalement intégrés ou non, la mise au point de ces outils est loin d'être aisée et nécessite un travail approfondi, à la fois en termes méthodologiques et de développements informatiques. « RI Search est un outil d'aide à la décision servant à l'analyse des portefeuilles selon les critères ESG, qui n'impose rien aux gérants traditionnels mais aide à initier un dialogue entre eux et l'équipe de recherche ISR, prévient Pascale Sagnier. C'est un gros projet, avec un budget important et ayant nécessité quasiment un an de développement. » L'enjeu majeur de ce type de projet est la mise en place de l'outil de collecte des données et de leur traitement. « Nous travaillons avec cinq fournisseurs de données (Vigeo, Innovest, Eiris, Oekom et GMI) qui utilisent des critères et des méthodologies très différents, souligne Antoine Sorange. Nous devons bien analyser ce que recouvrent ces critères afin d'en évaluer l'impact tangible sur les différents secteurs que nous analysons. » Chez Natixis AM, c'est un doctorant qui a travaillé à plein temps pendant huit mois pour comprendre comment chaque note est calculée et distribuée, puis a développé un algorithme de calcul propriétaire pour noter chaque valeur. « Pour chacun des critères E, S ou G, nous avons au moins deux notes d'agences différentes pour éviter certains biais », précise Hervé Guez.

En outre, en 2008, le gestionnaire a fait développer un outil Excel permettant aux gérants d'avoir une vision instantanée de leurs portefeuilles et des indices de référence, en termes de notation ESG. « Nous sommes en cours de réflexion pour intégrer les fonctionnalités de cet outil au système centralisé, également utilisé par le contrôle des risques et le ‘reporting' », poursuit Hervé Guez.

Une constante évolution

Outre l'intégration et l'automatisation de plus en plus poussées, les gérants d'actifs cherchent à améliorer constamment leur outil pour en accroître la couverture fonctionnelle. Ainsi, chez Axa IM, il est prévu d'intégrer dans RI Search les études sectorielles, et un développement est en cours pour RI search FX afin de disposer de ratios financiers plus poussés. Chez CAAM, une évolution assez lourde est en cours de développement concernant l'amélioration du périmètre de la note : « Quand nous évaluons une entreprise, nous veillons à ce que sa notation s'applique à l'ensemble des titres qu'elle émet (actions, obligations...).Dans le même esprit, il est nécessaire de bien comprendre la structure de filiation entre les différentes sociétés d'un même groupe avant, d'attribuer, éventuellement, la note d'une maison mère à ses filiales », , explique Antoine Sorange, qui insiste sur le fait que ce processus quantitatif et normatif doit nécessairement s'accompagner d'une expertise qualitative. Un problème récurrent pour l'ISR, tant les données et les concepts sont hétérogènes. Mais leur uniformisation ne relève pas que de l'informatique.

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