Mobilisation générale autour de la solidité financière des PME. Principales sources de croissance et d'emploi, ces entreprises - dont le chiffre d'affaires va de 10 à 50 millions d'euros pour le bas du segment, puis se situe en deçà de 1,5 milliard pour les entreprises de taille intermédiaire (ETI) - font l'objet d'une attention redoublée des pouvoirs publics avec, en toile de fond, une préoccupation persistante quant à leur niveau de fonds propres. De fait, les nuages s'accumulent. « La crise a fait baisser de 59 % les investissements des fonds d'investissement, et les réformes prudentielles concernant les assurances et les banques vont peser défavorablement sur les investissements en actions, expliquait début juin Augustin de Romanet, directeur général de la Caisse des dépôts. Un contexte qui fait peser la menace d'un ‘equity crunch'. »
En effet, la nouvelle donne réglementaire pèsera d'autant plus en France que sont absents du paysage les fonds de pension qui échappent, eux, aux nouvelles contraintes et vont rester investis à très long terme. Et comme les grands fonds d'investissement indépendants, souvent étrangers, sont essentiellement axés sur le LBO, l'investissement minoritaire se retrouve menacé. Le problème tiendrait aussi à l'attitude des dirigeants eux-mêmes : « On note en France une certaine phobie du capital-investisseur de la part des PME, constate Augustin de Romanet. Et comme les banques ne sont pas assez proches des entrepreneurs, les entreprises finissent, quand elles veulent se développer, par se vendre à des grands groupes. » Les derniers rachats des fleurons du logiciel français, comme Business Object, Unilog, GL Trade, par des groupes étrangers et, plus récemment, celui du spécialiste de la vente en ligne PriceMinister par le japonais Rakuten confirment ces alarmes.
Croissances ralenties
La crise, enfin, vient de faire surgir de nouveaux périls liés à la faiblesse des fonds propres des entreprises. « Assez souvent, l'apport de fonds propres constitue un élément important de la solution dans les cas d'entreprises portés à la connaissance de la médiation du crédit », indique Gérard Rameix, médiateur du crédit. La question peut même devenir rédhibitoire pour certaines. « Les PME ont du mal à financer leur croissance, renchérit Rudy Secco, managing partner chez Midi Capital. Dans un secteur comme l'aéronautique, par exemple, il faut beaucoup investir pour des retours à long terme très faibles. Les grands donneurs d'ordre demandent des capacités d'investissement hors de la portée des PME. » Au-delà de la survie des entreprises, leur dynamisme est en jeu : il ressort d'un sondage récent auprès des dirigeants de PME ayant obtenu le label « Oseo Excellence » que la faiblesse des fonds propres pour financer des investissements longs est le principal frein à la croissance des entreprises, devant la conjoncture économique.
Les pouvoirs publics accentuent leurs interventions pour étoffer les fonds propres des PME, notamment via la CDC. Alors qu'elle pratiquait plutôt des investissement indirects, celle-ci, via le FSI (Fonds stratégique d'investissement) créé en décembre 2008, a entrepris d'intervenir selon des investissements directs minoritaires, auprès des entreprises moyennes caractérisées par leur dynamisme. Un programme FSI-PME a été déployé en région en 2009, avec des outils comme les obligations convertibles et des fonds spécialisés, notamment le FMEA (Fonds de modernisation des équipementiers automobiles) qui a engagé à ce jour 180 millions d'euros, InnoBio (industrie pharmaceutique), le Fonds Bois... Selon des mises allant de 1.500 euros jusqu'à plusieurs centaines de millions, le FSI a engagé 1,4 milliard d'euros en 2009 et annonce un objectif de 1,5 à 2 milliards en 2010. En parallèle, les pouvoirs publics s'efforcent de faciliter l'accès des PME à la Bourse, même si celle-ci sert davantage à financer des projets de croissance qu'à consolider une structure financière.
S'il justifie donc de multiples initiatives publiques, le constat d'une insuffisance des fonds propres dans les PME est toutefois loin de faire l'unanimité. « Je ne discerne pas de situation d'‘equity crunch', assure Jean-Michel Gabriel, directeur de BNP Paribas Capital Développement. Il y a même actuellement un accroissement des offres de capital, les fonds d'investissement qui se focalisaient sur les LBO ayant parfois tendance à se tourner vers le capital-développement. En outre, les véhicules fiscaux institués par la loi Tepa (loi en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat, NDLR) de 2008 en sont à leur deuxième levée, qui sera comme l'an dernier de 1 milliard d'euros alors que l'argent récolté est encore loin d'avoir été totalement investi. C'est plutôt la demande qui serait insuffisante, les patrons propriétaires ne voulant pas être dilués. » De fait, la filiale de capital-développement du groupe BNP Paribas a augmenté l'an dernier son enveloppe annuelle de 50 à 100 millions d'euros.
Sous-capitalisation
Des études précises écartent par ailleurs l'idée d'une sous-capitalisation des PME. C'est le cas d'une enquête récente d'Euler Hermes Sfac. « On ne note pas un déficit de fonds propres en moyenne sur l'ensemble des PME de moins de 50 millions d'euros de chiffre d'affaires, expose Ludovic Sénécaut, président du directoire. Tous secteurs confondus, les fonds propres représentent 40 % du bilan de ces PME en France contre des moyennes de 27 % à 55 % dans le reste de l'Europe, l'Allemagne étant à 30 %. » Par ailleurs, sous la présidence de Gérard Rameix, l'observatoire du financement vient de lancer un vaste chantier d'étude sur la question et, pour l'instant, la tendance consiste plutôt à minimiser le problème d'une éventuelle sous-capitalisation. « Quand on regarde globalement les entreprises et l'image qu'en donnent des données de la Banque de France portant sur 2008, il n'est pas évident que les entreprises françaises soient en manque de fonds propres par rapport au reste des PME européennes, estime Gérard Rameix, médiateur du crédit. Les capitaux propres par rapport à la dette financière brute représentent 74 % à 76 %, un peu plus qu'en Allemagne, qu'aux Pays-Bas et qu'en Italie. Depuis la fin des années 90, les PME françaises ont amélioré leur structure financière ».
Des besoins concentrés
En fait, les besoins - estimés aux environs de 17 milliards - seraient plutôt concentrés sur certaines entreprises, notamment celles dont la taille trop réduite les empêche de délivrer tout leur potentiel. « Il faut juger du niveau de fonds propres par rapport aux besoins de financement associés au développement de l'entreprise », rappelle Rudy Secco, managing partner chez Midi Capital. A l'autre bout du spectre, les problèmes concernent les PME de santé précaire. « Trouver du capital est plus difficile pour les PME qui ne vont pas bien et c'est dans ce cadre que les systèmes d'aide sont pertinents, observe Jean-Michel Gabriel. Le FCDE (Fonds de consolidation et de développement des entreprises, NDLR), financé à plus de la moitié par les investisseurs privés et à 49 % par le FSI, est par exemple un de ces outils. Le fonds offre un bon mélange des genres entre public et privé, en apportant aux manageurs des ressources financières, du temps, et de la compétence. »
Les formes d'intervention de l'Etat font pourtant souvent débat, à commencer par celle du FSI. « Il s'est rendu utile », commente sobrement un capital-investisseur. La structure présente toutefois l'intérêt d'intervenir sur des schémas à plus long terme que la plupart des fonds classiques (lire l'entretien), sans parler des contrats très contraignants et des exigences de retours imposés par les fonds anglo-saxons.
Sur le bas du segment « midcap », la taille des besoins pose la question des moyens d'exécution de l'Etat. Ainsi, après avoir donné lieu à des abus, les incitations fiscales sont en question (lire l'encadré page 33). Par ailleurs, lancé en 2006, France Investissement a été mis de côté sans avoir réglé via ses fonds de fonds la difficulté non plus. « Peu d'institutionnels souhaitent se positionner sur le créneau de PME réalisant entre 10 et 20 millions d'euros de chiffre d'affaires, explique Rudy Secco. Les mises de fonds s'élèvent à seulement 1 à 4 millions d'euros et les équipes ont rapidement besoin de moyens humains importants pour suivre leurs nombreuses participations. Ils estiment en outre le segment peu sécurisé avec des entreprises peu structurées. » Les réflexions actuelles sur l'orientation de l'épargne longue dans les entreprises vont donc déboucher rapidement sur des questions pratiques...