Les fonds de capital-investissement veulent passer à l'ISR

Les pratiques des entreprises en matière environnementale, sociale et de gouvernance sont décortiquées afin d’anticiper les risques à moyen long terme.

Par Fabrice Anselmi le 16/07/2009 pour L'AGEFI Hebdo

 
 

Axa Private Equity (PE) vient de signer les Principes pour l'investissement responsable (PRI) de l'Organisation des Nations unies (ONU). Et 21 Centrale Partners y adhérera sous peu, comme OFI Private Equity, Access Capital Partners et Gimar Capital l'ont fait il y a quelques mois, ou encore les BC Partners, Cinven, Doughty Hanson et KKR à l'étranger. Cette annonce a été menée conjointement avec une enquête de Novethic auprès des gérants de fonds de private equity français qui déclarent, pour les deux tiers, prendre en compte les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leur travail avec les entreprises sous-jacentes.

« Notre rôle d'actionnaire de référence va peut-être être renforcé par la crise et nous devrons être encore plus responsables », résume Dominique Senequier, présidente d'Axa PE. Plusieurs initiatives sont apparues parallèlement à la mise en avant de dérives sur le LBO (leveraged buy-out), mais les démarches structurées restent relativement rares. Les fonds ont soit une approche thématique (lire l'encadré), mais cela ne présage pas toujours des bonnes pratiques ESG des entreprises concernées, soit une approche analytique. De ce point de vue, ils commencent à étudier ces pratiques en amont de leur investissement, pour se décider, ou en aval, pour les améliorer pendant la période d'accompagnement. « Les fonds de capital-investissement réalisaient déjà, par nature, afin d'anticiper tous les risques à moyen long terme, plus de ‘due diligence' en matière environnementale, sociale ou de gouvernance », rappelle Olivier Millet, président du directoire d'OFI Private Equity.

Axa PE a entrepris une démarche globale via une charte et notamment formalisé ses principes de gouvernance dans les entreprises sous-jacentes : « En étant toujours présent au sein d'un conseil de surveillance ouvert sur des personnalités extérieures, mais jamais à sa présidence, même lorsque nous sommes pourtant majoritaires », explique Philippe Poletti, directeur de l'activité LBO. Sa sélection l'a aussi amené à cibler des entreprises sensibles à leur environnement, dont certaines reçoivent des prix pour la construction d'usines « éco-responsables » (par exemple Eliokem). Enfin, ce fonds se place en tête de ceux souhaitant partager avec les salariés les plus-values réalisées lors de la cession d'une entreprise, pour 4 % en moyenne comme sur Photonis en 2008.

Le fonds coté OFI Private Equity a pour sa part embauché depuis septembre une directrice du développement durable et s'est fixé comme objectif, en parallèle de la création d'une commission ad hoc au sein de l'Afic (Association française des investisseurs en capital), de publier prochainement le « bilan carbone » de ses participations. Ce sera un outil intéressant au service de l'investissement socialement responsable (ISR), car les fonds restent plus dans une logique de « dialogue » que d'évaluation réelle ou de notation extra-financière indépendante (voir le graphique). 21 Centrale Partners publie quand même depuis trois ans un rapport ESG sur ses participations à l'attention de ses investisseurs. Et après avoir formé ses équipes, le fonds de capital-développement Alto Invest a, lui, façonné, en s'appuyant sur les expertises d'agences comme Ethifinance et Vigeo, une grille d'analyse précise (60 critères), avec pour l'instant un effet très positif sur son FCPI Innovation Durable 2007, même en matière de rendement.

A quel prix ?

Car le problème de la rentabilité à moyen terme reste au cœur des enjeux. Les fonds rappellent qu'une gestion responsable des ressources humaines (sans congés maladie, accidents du travail ou conflits sociaux, avec de la solidarité, etc.) coûte moins que cela ne rapporte et peut améliorer la productivité. Il en est de même pour une meilleure approche environnementale et notamment énergétique, même si ce point demande souvent des investissements de départ complexes en ce moment. Et leurs investisseurs institutionnels semblent « prêts à payer 1 % ou 2 % de rendement le prix de la tranquillité sur ces questions désormais clés », conclut le gérant d'un fonds de fonds.

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