Dossier Finance carbone

Les financières élargissent leur champ d'action

Certains acteurs couvrent désormais toute la chaîne, du négoce de crédits carbone au financement de projets « verts ».

Par Thomas Carlat le 02/09/2010 pour L'AGEFI Hebdo

 
 

Illustration: Fotolia

Malgré un ralentissement de l'activité et les incertitudes sur l'après-protocole de Kyoto en 2012, les investisseurs demeurent toujours actifs sur le marché du carbone. Fin juillet, EDF Trading, filiale du groupe français éponyme, a ainsi racheté la compagnie chinoise Energy Systems International Limited (Esil), spécialisée dans le développement de projets d'énergies renouvelables (hydroélectricité, énergie éolienne). Début juin, Barclays Capital avait ouvert le bal, s'emparant, pour 120 millions d'euros, de Tricorona, une société suédoise spécialisée dans le sourcing des projets de réduction des émissions de CO2 dans les pays émergents et le négoce de crédits carbone. « Cette opération nous permet d'accéder à un portefeuille diversifié de projets en cours ou enregistrés », a déclaré Louis Redshaw, responsable des marchés liés à l'environnement, à Bloomberg. Deux opérations qui témoignent de l'appétit grandissant des acteurs privés pour ce jeune marché du CO2.

Une diversification accrue

Premiers concernés par la réglementation en vigueur, les industriels sont naturellement devenus les principaux animateurs du marché. Parmi eux, les grands énergéticiens se montrent particulièrement actifs, notamment via leurs filiales de trading. « Ils sont les principaux émetteurs et concentrent donc une grande partie des volumes des quotas, près des deux tiers du marché », souligne Emmanuel Fages, responsable de la recherche carbone chez Société Générale et sa filiale Orbéo, coentreprise détenue avec le chimiste Rhodia.

Au fil des années, ces acteurs historiques ont été progressivement rejoints par des grands noms de la finance, attirés par les perspectives de croissance et de rentabilité de ce marché. L'an dernier, la valeur des volumes échangés a atteint près de 100 milliards d'euros, soit une croissance de 12 % par rapport à 2008. Résultat : banques, courtiers spécialisés tels Sagacarbon, filiale de la Caisse des dépôts, fonds carbone ou, dans une moindre mesure, hedge funds se sont engouffrés dans ce secteur. « Les financiers s'y intéressent car ils sont des intermédiaires naturels du marché des matières premières en fournissant des couvertures face au risque de prix », précise Emmanuel Fages. En raison de leur place prépondérante sur le marché des matières premières, les grandes banques américaines ont rapidement joué les premiers rôles, à l'instar de Goldman Sachs, Morgan Stanley ou JPMorgan. Les institutions financières européennes ne sont pas en reste, Deutsche Bank, BNP Paribas ou Société Générale figurant parmi les ténors de la finance carbone au plan mondial. Leur rôle est simple : négocier des crédits carbone pour des industriels n'ayant pas développé de services en interne. Une démarche qui implique de lourds investissements comme la mise en place de systèmes informatiques donnant accès aux Bourses et le recrutement de personnels dédiés.

Fournisseurs de liquidités

Progressivement, ces acteurs sont toutefois sortis de leur rôle traditionnel. « Depuis 2008, certains acheteurs de crédits tels les banques d'investissement et les intermédiaires financiers ont étendu leur activité en acquérant des porteurs de projets », note Emilie Alberola, chef de projet recherche chez CDC Climat, dans une étude publiée en mai. Une démarche adoptée très tôt chez Orbeo. « Nous intervenons sur tous les segments du marché, aussi bien en aval sur la gestion des risques qu'en amont sur des projets industriels, explique Emmanuel Fages. Nous sommes surtout des fournisseurs de liquidités ('market makers'). » Ce modèle a d'ailleurs inspiré d'autres établissements bancaires. Précédemment aux opérations réalisées cet été, JPMorgan avait repris la société écossaise EcoSecurities, spécialisée dans les projets « verts » producteurs de crédits carbone. Fin 2008, Goldman Sachs avait fait de même, en prenant une participation minoritaire dans Blue Source, également spécialiste des projets « verts ». Une diversification indispensable pour être présent sur l'ensemble de la chaîne de valeur de ce jeune marché et pour l'animer de manière plus dynamique. Une démarche qui démontre surtout que les financières croient toujours en l'avenir du marché du CO2 à l'heure où les prix du carbone, et donc les valorisations des fonds carbone, sont faibles.

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