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jeudi 18 mars 2010
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ASSURANCE VIE

Les faux semblants vont finir par tomber

le 22/01/2010

Le chiffre d’affaires du secteur redresse la tête en 2009, soutenu par la faiblesse des taux de rendement de son principal concurrent, le Livret A Il n’y a pas de raison pour que la donne change à court terme tant que les fonds en euros à la française continuent d’exister, mais après…

A fin novembre 2009, le montant de la collecte en assurance vie atteignait 125,50 milliards d’euros, en hausse de 12 % par rapport à la même période de l’année précédente, un montant qui permet de ramener les cotisations au niveau de celui de l’année 2007 à la même période, note la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA).

La collecte nette, de son côté, a bondi pour s’établir à 48,7 milliards d’euros, contre 28,3 milliards pour toute l’année 2008.

Dans quelques jours, la Place connaîtra les premiers chiffres de l’ensemble de l’exercice 2009. Si les dernières prévisions de septembre dernier réalisées par la FFSA se réalisent, la progression de l’activité devrait être comprise sur un an entre 8 % et 10 % (132,2 et 134,7 milliards d’euros).

Mais d’ores et déjà, les résultats sont sans surprise. En 2009, l’assuré aura joué la carte de la sécurité en orientant la quasi-totalité de ses placements sur les supports en euros. Les chiffres que certains assureurs et promoteurs ont accepté de nous remettre sont sur ce point sans équivoque (voir le tableau).

Une baisse des rendements sur les fonds en euros...

S’agissait-il d’un bon choix en termes de rémunération ? Il est difficile à la mi-janvier d’apporter une réponse claire si l’on se base sur les premières communications des assureurs. Plus personne n’est dupe, la rémunération d’un contrat peut varier sensiblement selon que l’assuré est ancien ou nouveau, pauvre ou riche, titulaire ou non d’une garantie accordée à titre promotionnel.

Dans son dernier Baromètre 2010 sur l’épargne vie, le cabinet Facts & Figures met en relief les différences de rémunération entre l’épargne vie standard (patrimoine inférieur à 450.000 euros), l’épargne vie patrimoniale (patrimoine compris entre 450.000 et 2,5 millions d’euros) et l’épargne vie privée (patrimoine supérieur à 2,5 millions d’euros), qui ont respectivement bénéficié de taux moyen de rendement sur les fonds en euros en 2008, à 3,70 %, 4,15 % et 4,50 % sur les trois segments de marché.

... à nuancer.

Il n’y a donc pas un taux mais des taux avec des écarts plus ou moins importants selon les contrats au sein des organismes, pouvant aller jusqu’à plus de 1 %. Bon nombre d’observateurs ont parlé de baisse généralisée des taux, ce qui serait, si ce n’est souhaitable, au moins logique. Mais il est encore un peu tôt pour avoir une idée précise tant que l’on ne dispose pas d’éléments sérieux pour analyser le rendement moyen servi sur l’ensemble des provisions mathématiques.

Par ailleurs, beaucoup d’annonces font toujours état de rémunérations supérieures à 4 %.

« En 2008, compte tenu du contexte de marché, il y avait une opportunité historique d’opérer un décrochage dans les taux de rendement. Les assureurs n’ont pas souhaité le faire. Le décrochage aurait pu se faire cette année, mais il n’en est rien. Nous nous attendions à une baisse de taux de 30 à 50 points de base. La réalité montre que nous sommes sur des baisses de l’ordre de 20 à 40 points de base. Les assureurs font ce qu’ils peuvent pour maintenir des taux attractifs »,note Marc-Philippe Juilliard, directeur assurances chez FitchRatings.

Les exemples de taux performants de manquent pas : 4,65 % à la MACSF pour le RES, entre 4,25 % et 4,65 % au Conservateur ou ACMN Vie, qui affiche un taux de 4,60 % sur son fonds euros Internet Opportunités. D’autres, en revanche, décrochent en dessous de la barre de 4 % pour l’ensemble de leur contrat, à l’instar de Groupama (avec des taux de 3,70 % et 3,90 %). Certaines annonces feront bientôt état de taux rémunération moindres et ne manqueront pas de soulever quelques questions de la part des intermédiaires et des clients.

Les agences de notation sont réservées sur le secteur. «

Maintenir une participation aux bénéfices généreuse dans un contexte de taux bas - Livret A à 1,25 %, obligations à 10 ans à 3,50 % - ne sera pas sans incidence sur la rentabilité du secteur »,prévient une fois de plus l’agence FitchRatings, et l’effondrement de la collecte en unités de compte (UC - moins de 15 % de la collecte à fin novembre 2009) ne va pas améliorer la situation. Pour mémoire, la collecte en UC réclame de mobiliser quatre fois moins de fonds propres que les contrats en euros.

C’est en partie pour cette raison que FitchRatings indiquait, fin 2009, qu’elle maintenait une perspective négative sur l’assurance vie. «

La baisse de la rentabilité constatée peut se justifier dans la mesure où l’assurance vie est un marché mature et concurrentiel »,commente de son côté Lotfi Elbarhdadi, directeur assurances chez Standard & Poor's. En 2008, la marge sur affaires nouvelles, calculée à partir des chiffres publiés par lesgroupes d’assurance en France, s’établissaiten moyenneà 10,3 %, contre 15,2 % en 2006 et 14,3 % en 2007, met en avant l’agence de notation qui, début janvier, a expliqué qu’elle pourrait procéder à de nouvelles dégradations de notes dans le secteur.

Revenir sur les unités de compte.

Pour 2010, l’objectif principal des assureurs va être de convaincre les assurés de revenir sur les unités de compte. Les filières patrimoniales seront mises une fois de plus à contribution. L’audace peut se révéler payante. « En 2009, nous avons pris le risque de favoriser les obligations du secteur privé en pariant sur un retour à la normale du côté des spreads. Notre réseau a su être présent et cette stratégie permet d’afficher un rendement de plus de 14 % sur notre fonds obligataire court terme »,précise Gilles Ulrich, le directeur général du Conservateur, qui se félicite d’une progression de 96 % de la collecte en UC sur l’exercice passé.

Le segment de l’épargne vie patrimoniale sera décisif, plus que celui de l’épargne vie privée si l’on se base sur les éléments du baromètre de Facts & Figures. Le premier détient un encours de 33 % en UC en 2008, contre seulement 13 % au second. La clientèle de gestion de fortune préfère apparemment la sécurité des taux garantis à la volatilité des placements en UC.

Evolutions des fonds en euros.

Mais les assureurs pourront-ils toujours compter sur leurs supports favoris ? Rien n’est moins sûr. « Les futures contraintes de Solvabilité II risquent de pénaliser les investissements en actions pour les assureurs qui proposent des garanties de tauxfigées dans le temps », relève Lotfi Elbarhdadi. Mécaniquement, ces nouvelles contraintes devraient vraisemblablement entraîner un accroissement de la part des investissements obligataires.

«

Ceci peut aussi amener les assureurs à bâtir de nouvelles formules avec des garanties plus souples dans le temps nécessitant moins de besoin en fonds propres », poursuit Lofti Elbarhdadi. Des réflexions sont en cours. Mais, pour l’heure, il est hors de question de polluer les distributeurs et leurs clients avec ces questions.

Fiscalité révisable.

Comme toujours, il est impératif que l’optimisme règne sur un secteur indispensable à l’économie. Pour la forme, on peut toujours se risquer à émettre quelques avertissements et souligner au passage quelques contradictions. Pendant combien de temps les assurés accepteront-ils les inégalités de traitement sur leurs participations aux bénéfices ? Faudra-t-il en arriver à une transférabilité des provisions mathématiques pour assagir le marché (L’Agefi Actifs, n°424, p. 7), même si le gouvernement aujourd’hui s’y refuse (1) ?

Doit-on s’attendre à une modification de la durée fiscale, de 8 à 12 ans, comme le réclament les assureurs ? Cette demande a un sens alors que le pays a besoin d’actionner tous les leviers pour favoriser l’épargne longue. Mais dans ces conditions, pourquoi avoir pénalisé récemment les contrats diversifiés en matière d’ISF

(L’Agefi Actifs, n°428, p. 6).Doit-on s’attendre à de nouvelles hausses de prélèvements sociaux pour financer les déficits abyssaux, en cas de rachat du contrat, ou, depuis la loi de Financement de la Sécurité sociale pour 2010, de succession ?

(1) Rép. min. question 60339, JO du 15/12/2009 page 12032.


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