Alger a la cote auprès des banquiers français. Preuve en est l'appétit de BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole SA pour l'acquisition des 51% du capital du Crédit Populaire d'Algérie (CPA), dont la privatisation sera lancée début octobre. Cet engouement témoigne de l'attrait grandissant de l'Algérie, un pays de 33 millions d'habitants qui cherche à convertir la manne pétrolière et gazière en importants programmes de développement économique et d'infrastructures.
Les établissements français n'ont cependant pas attendu ce mouvement de privatisation des banques publiques - qui concerne également la Banque Nationale d'Algérie et la Banque de Développement Local - pour s'intéresser au marché algérien. Ainsi, BNP Paribas et Société Générale y sont présentes depuis plusieurs années avec leurs filiales respectives BNP Paribas El Djazaïr et Société Générale Algérie. «Nous allons continuer de nous y développer au rythme de quinze ouvertures d'agences par an, sans négliger les opportunités de croissance externe», précise même Jean-Jacques Santini, responsable de la banque de détail dans les marchés émergents chez BNP Paribas.
Faible bancarisation
Au-delà de l'Algérie, l'intérêt des banques françaises touche l'ensemble du Maghreb. Après l'Europe de l'Est, elles se sont naturellement tournées vers l'Afrique du Nord, la proximité géographique, linguistique et historique facilitant les relations.
Surtout, les perspectives de développement sont grandes dans cette région. Le niveau de bancarisation est encore très faible, entre 20% et 25% suivant les pays, alors même que leur démographie connaît une forte expansion. «Ces pays ont d'importants besoins en financements d'infrastructures ou de grands projets industriels, souligne Renaud de Labarre, responsable du pôle banque-finances au sein du cabinet de conseil Eurogroup. De plus, les perspectives de rentabilité sont grandes en raison du potentiel de développement des commissions, lié au développement des services bancaires. Enfin, le coût de main-d'œuvre est nettement moins élevé qu'en Europe.» Surtout, ces pays ont effectué de considérables efforts pour assainir leurs systèmes bancaires respectifs, longtemps plombés par une gestion approximative et une inflation des créances douteuses. «On constate une réelle mise à niveau de la réglementation. L'environnement est aujourd'hui davantage sécurisé», note-t-il.
Conscient du potentiel maghrébin, les banques françaises s'y sont rapidement développées, multipliant rachats de capital et ouvertures de succursales. Si le Maroc est le pays où elles se sont le plus implantées, elles sont également bien présentes en Tunisie, malgré un marché plus atone. «Le système bancaire tunisien est un peu considéré comme le parent pauvre de la politique économique nationale», explique Anouar Hassoune, analyse crédit chez Standard & Poor's.
Des parts de marché plafonnées
Pour autant, les banques françaises sont loin de se positionner en leaders sur ces différents marchés. En moyenne, leurs parts de marchés respectives plafonnent entre 15% et 25%, exception faite de l'Algérie où les banques publiques détiennent encore 95% du marché.
Cette politique des petits pas est plutôt surprenante quand on connaît l'appétit des groupes français à l'international. «Les banques évitent d'être trop visibles. Etre petit facilite les relations dans des pays où le patriotisme économique est une donnée forte», estime Anouar Hassoune. Les gouvernements nationaux restent en effet vigilants sur le poids des investisseurs étrangers au sein de leur système bancaire. A l'heure de l'ouverture au commerce mondial, la volonté de voir se constituer des champions nationaux est manifeste. C'est d'ailleurs au nom de ce patriotisme économique que la Caisse d'Epargne s'est vu opposer le veto des autorités financières marocaines lors de sa tentative de rachat de 20% de la Banque Marocaine du Commerce Extérieur (BCME) en 2003.
De plus, ces pays présentent encore certains risques, dont le risque politique. Les banques ont donc tendance à modérer leurs investissements. «Allouer trop de fonds propres au développement dans ces pays peut créer des dommages au niveau du groupe tout entier. Les banques françaises veulent en fait avoir une présence légère dans ces pays», analyse Anouar Hassoune. Celle qui emportera le morceau en Algérie dans le dossier du CPA aura pourtant bien du mal à se faire toute petite.