Dossier Finance carbone

Les besoins de couverture des industriels stimulent les dérivés

Les échanges sur des marchés organisés sont devenus majoritaires. Le gré à gré est réservé à des besoins spécifiques.

Par Florent Berthat le 02/09/2010 pour L'AGEFI Hebdo

 
 

Les besoins de couverture sont essentiellement le fait des producteurs d'électricité et ils seront croissants puisque, à partir du 1
erjanvier 2013, ces industriels ne bénéficieront plus d'attributions gratuites de quotas. Ils prennent en compte l'évolution anticipée des prix du charbon et du gaz, leurs matières premières, pour calculer leurs coûts prévisionnels, et devront de plus en plus prendre en compte celle des prix du CO2. Ils retiendront, pour évaluer le montant de leurs couvertures, la totalité de leurs émissions de carbone et non pas seulement la différence entre les quotas alloués et leurs émissions. « Les énergéticiens, qui ont pour habitude de se couvrir sur un horizon de deux à trois ans, commencent à le faire pour l'année 2013, observe Sylvain Goupille, directeur de la finance carbone chez BNP Paribas. Mais les incertitudes qui pèsent sur les modalités d'organisation des enchères les obligent même à se surcouvrir. »

Stratégies d'ajustement

« Les volumes échangés en 2009 sur le marché dérivé sont très largement supérieurs à ceux initiés par les industriels en demande de couverture », constate le rapport Prada sur La régulation des marchés du CO2. Ils ont été de l'ordre de 4 milliards de tonnes, soit cinq fois la somme des déficits des installations du secteur de l'électricité sur la période 2009-2012, précise le rapport, se fondant sur une étude de Deutsche Bank. Les industriels « adoptent, par l'intermédiaire de leurs filiales de 'trading', des stratégies d'ajustement dynamique de leur couverture, augmentant ou diminuant les volumes de quotas achetés à terme, en fonction de l'évolution anticipée des prix du marché au comptant ». En outre, d'autres acteurs, des fonds d'investissement et des banques, interviennent dans une perspective exclusivement financière, mais leur importance, impossible à chiffrer, semble très minoritaire. Le rapport entre le marché physique et les échanges sur le marché à terme reste assez faible comparé aux marchés de matières premières (1 à 10 en moyenne, voire 1 à 35 pour le pétrole) : le volume des transactions sur le marché du CO2 n'est que 2,5 fois plus important que le volume des quotas alloués. Les montants traités sur les marchés de dérivés sont cependant dix fois plus importants que ceux traités sur les marchés spot (au comptant).

Les transactions OTC sécurisées

C'est ainsi d'ailleurs qu'ECX, la Bourse du carbone britannique créée en 2005 et qui a fait dès l'origine le choix de développer la cotation de futures, concentre près de 90 % des volumes traités en Europe, tandis que la française BlueNext, qui a privilégié le marché au comptant, n'en représente que 8 % (mais 85 % des volumes au comptant). Combler ce retard, via « BlueNext Futures » lancée en 2008, est l'un des principaux défis de la Bourse parisienne. « Pour relancer BlueNext Futures, notre marché à terme, nous devons nous appuyer sur notre principal actionnaire, Nyse Euronext (qui détient 60 % du capital de BlueNext, aux cotés de la Caisse des dépôts, NDLR), et en particulier développer des synergies avec les forces du groupe, telles que le Liffe, sa filiale marché de dérivés, en profitant de son important réseau », annonce David Rapin, directeur du développement de BlueNext. Il observe « un recours de plus en plus important aux Bourses et chambres de compensation par les intervenants sur ce marché des dérivés pour leurs transactions réalisées de gré à gré, dans un contexte de plus grande attention portée aux risques de contrepartie ». Ainsi, outre les futures, ces contrats à terme standardisés échangés sur des marchés organisés, qui représentent 60 % des volumes (contre 30 % en 2007), les produits dérivés moins standardisés (forwards, swaps...) échangés de gré à gré (OTC) peuvent rester purement bilatéraux (15 % des volumes) ou passer par une chambre de compensation. L'OTC « compensé » a ainsi représenté au premier trimestre 2010 des volumes équivalents à 50 % de ceux des plates-formes de négociation, selon le rapport Prada. Certains produits « sur mesure » resteront cependant purement OTC. « Nous structurons pour nos clients des produits qui répondent à leurs besoins spécifiques et qu'ils ne peuvent trouver sur le marché, précise Sylvain Goupille. Un exploitant dans un pays émergent, par exemple d'une ferme éolienne au Mexique, va générer des crédit carbone et voudra s'assurer d'un prix minimum de rachat. Nous lui proposerons une couverture qui prenne en compte la fluctuation de sa production. » En outre, le recours au gré à gré est justifié pour des transactions sur des horizons lointaines, notamment pour l'après-phase II (à partir de 2013), voire pour des volumes élevés qui auraient un impact trop fort sur les cours.

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