Les banquiers privés tentent de s'adapter aux nouvelles exigences de leurs clients

Face à l'attitude plus revendicative des grandes fortunes, les relations sont devenues davantage procédurales

Par Antoine Landrot le 09/12/2009 pour L'AGEFI Quotidien - Edition de 7H

 
 

«Il s'est passé quelque chose de sidérant. En novembre 2008, tout le monde parlait de sécurité des investissements. Un an après, c'est terminé: les clients veulent du rendement», s'alarme Frédéric Genet, directeur général de Société Générale Bank and Trust, s'exprimant lors d'une table ronde sur la banque privée organisée hier par l'organisme Luxembourg for Finance. «Que faire face à l'exubérance des marchés ?», demande Charles Hamer, président de Crédit Agricole Banque Privée pour le Luxembourg et du Groupement luxembourgeois des banques privées, «nous faisons face aux pressions des clients et des commerciaux. Il faut résister aux effets de mode. »
Mais si les grandes fortunes ont rapidement retrouvé leurs anciens réflexes, elles n'ont pas oublié leur rancoeur à l'égard de la profession, accusée sans distinction d'avoir été la cause de leurs pertes au moment de la crise, mais aussi lors des divers scandales ayant émaillé cette période, comme l'affaire Madoff. Elles sont aujourd'hui nombreuses à remettre en cause la politique de commissions et à douter de l'indépendance des conseils prodigués, reconnaissent les professionnels présents hier à Paris. Les banquiers doivent donc composer avec les exigences de transparence de leurs clients.
«L'une des manières d'y répondre est d'oser dire qu'un placement est impossible ou inapproprié. Cela nécessite de notre part la définition d'une politique de rendements et de segmenter la clientèle selon le profil de risque», estime Frédéric Genet.
Cette segmentation a également été favorisée, aux dires de Charles Hamer, par la directive européenne sur les Marchés et instruments financiers (MIF), qui instaure une distinction entre clients professionnels et clients privés. Cela dit, «la MIF n'impose pas de grandes restrictions. Il y a encore beaucoup de travail à faire», nuance Hervé de Montlivault, responsable de la banque privée de Credit Suisse en France.
Les banques privées ont également modifié la nature de leurs rapports avec leur clientèle. La relation, autrefois fondée sur la parole, est davantage procédurale. «Auparavant, les décisions d'allocation se prenaient en confiance, sans trace écrite. Aujourd'hui, on documente», explique Frédéric Genet. La banque privée est loin d'avoir achevé sa mue.

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