Cela fait maintenant près de trente ans que des IMF (institutions de microfinance) ont commencé, dans les pays en voie de développement, à offrir des services financiers, notamment du microcrédit, aux exclus du système bancaire. Initialement portée par des ONG (organisations non gouvernementales) et des structures à vocation sociale, l'activité s'est révélée viable et même rentable. De sorte qu'un secteur commercial de plus en plus efficace s'est développé, certaines IMF se transformant même en banques formelles.
Devant l'émergence d'un modèle profitable, les banques internationales se sont intéressées au phénomène. Première stratégie : le refinancement. C'est la voie suivie par le groupe BNP Paribas en s'appuyant sur son réseau de filiales internationales pour pouvoir prêter aux IMF en monnaie locale et éviter de leur faire subir un risque de change périlleux. « Depuis 2006, nous nous sommes engagés dans un programme visant à mettre en place des procédures de gestion du risque adaptées, ainsi qu'une évaluation de l'impact social de nos financements, affirme Emmanuel de Lutzel, directeur Microfinance Groupe chez BNP Paribas. Aujourd'hui, nous en sommes à 65 millions d'euros d'encours répartis sur 22 partenaires, avec lesquels nous créons une relation durable. » Cette approche n'est toutefois pas sans risque pour les IMF. Elle repose sur des prêts à court terme, d'un an, et constitue donc une ressource d'autant plus inconfortable que la crise financière a fait grimper les primes de risques et réduit la marge de manœuvre de quelques géants tels Citigroup et Morgan Stanley, qui s'étaient fortement investis dans la microfinance.
Echange de compétences
L'Agence française de développement (AFD) incite de son côté les banques françaises à s'engager plus directement dans la microfinance. Selon Jean-Nicolas Béasse, chargé d'affaires à l'AFD, les banques ont tout intérêt à élargir leur offre à l'ensemble du marché. C'est le meilleur moyen pour elles d'accompagner la croissance des pays en développement. « Par exemple, à Madagascar, qui compte 20 millions d'habitants, une poignée de banques, la plupart françaises, se partagent quelques centaines de milliers de clients », précise-t-il. Et mieux vaut ne pas rater le coche, car le processus de bancarisation peut s'avérer fulgurant. Au Vietnam, où le taux de pénétration de la microfinance atteint 25 %, le nombre de comptes en banque a bondi de 5 à 8 millions de 2005 à 2006. Bien sûr, il ne s'agit pas pour les banques de se lancer du jour au lendemain à la conquête d'un segment de marché qu'elles ont jusque-là ignoré, mais d'opérer progressivement. Le « downscaling » consiste par exemple à descendre en gamme pour offrir des financements à moyen terme adaptés aux PME locales. Autre option : créer des filiales spécialisées ou entrer au capital d'institutions de microfinance. « En 2008, deux banques françaises, Société Générale et le Crédit Coopératif ont ainsi décidé d'investir au Burkina Faso dans une IMF, dont la création a été initiée par l'AFD », ajoute Jean-Nicolas Béasse.
Inscrite dans une stratégie à long terme, cette approche permet de développer un réel échange de compétences entre les banques et les IMF, et s'adresse à des structures de taille intermédiaire, moins matures, et qui accèdent difficilement aux financements privés. C'est cette même cible que vise la Grameen Crédit Agricole Microfinance Foundation « avec une prédilection, toutefois, pour les structures œuvrant dans le milieu agricole et rural, et même une certaine préférence pour le modèle coopératif », assure Jean-Luc Perron, délégué général de la fondation. Un retour aux sources qui symbolise bien l'attrait de la microfinance pour les banques. Dans une période tumultueuse, elles redorent leur image en valorisant leur métier de base : le financement de l'« économie réelle » ; elles luttent contre la pauvreté et le font savoir, tout en se familiarisant avec un marché potentiel qui rassemble 80 % de la population mondiale.