Grâce aux cessions d'actifs imposées à RBS et Lloyds, 10% du marché de la banque de détail en Grande-Bretagne sont appelés à changer de mains dans les prochaines années, au profit de nouveaux entrants. Cette occasion historique décidera-t-elle les banques françaises à franchir la Manche dans ces métiers ? Rien n'est moins sûr.
Dans les états-majors, à Paris, le scepticisme prédomine. Notamment chez BNP Paribas, qui de par sa bonne santé relative, serait la plus à même de passer à l'offensive. «Le marché britannique n'est pas pour nous. Il représente une autre manière de faire de la banque de détail, avec une faible qualité de services qui permet d'afficher des coefficients d'exploitation très bas et des marges élevées, confie un dirigeant du groupe. Mais ces marges sont destinées à baisser, en raison des changements réglementaires à l'oeuvre dans le pays.»
D'autres handicaps sont mis en avant. «Les banques anglaises doivent se financer en sterling, une devise qui n'a pas la même profondeur que l'euro ou le dollar», relève le banquier. Le marché est cartellisé. Et ni les perspectives de l'économie britannique, ni le recul historique ne poussent à relever le défi. A l'exception de Santander, les incursions étrangères dans la banque à réseau outre-Manche sont en effet jalonnées d'échecs.
La Société Générale, pour sa part, regarde davantage vers l'Europe de l'Est. Quant au Crédit Agricole, il avait signalé au printemps 2006 son intérêt pour Alliance & Leicester, provoquant la moue des analystes financiers devant une cible jugée chère et offrant peu de synergies. La banque verte doit se féliciter de n'avoir pas donné suite. Elle a aujourd'hui d'autres priorités: la restructuration d'Index Bank en Ukraine et surtout d'Emporiki en Grèce.
Cette circonspection devrait être partagée par les spécialistes français du crédit à la consommation. A l'exception de Laser Cofinoga (BNP Paribas), leurs tentatives en Grande-Bretagne ont toujours tourné court. Cofidis, qui avait attaqué ce marché en 1997, a jeté l'éponge au bout de quelques années. Cetelem, filiale de BNP Paribas, s'était alliée avec Halifax en 1999: l'aventure a pris fin en 2004, faute de résultats probants. D'où la prudence de Sofinco (Crédit Agricole), simplement associé à Fiat dans le crédit automobile, et de Franfinance (Société Générale), qui se cantonne dans le pays au crédit-bail.