Auto-satisfecit. Christine Lagarde, ministre de l'Economie, et Baudouin Prot, président de la Fédération bancaire française (FBF) et directeur général de BNP Paribas, se sont réjouis du bilan des engagements formulés par les banques françaises dans le financement de l'économie pour 2009, en échange du dispositif de soutien de l'Etat pendant la crise.
Critiqués pour leur frilosité, les établissements avaient promis d'accroître leurs encours de crédit à l'économie (ménages, entreprises et collectivités locales) de 3 à 4 % par rapport à 2008. Le bilan annoncé hier à Bercy affiche 2,7% (soit un encours de 1.514 milliards d'euros). Le compte n'y est donc pas.
Un décalage justifié, selon les protagonistes. «Une progression de 2,7% a été enregistrée malgré une forte dégradation de la conjoncture. L'objectif avait été fixé en fonction d'une croissance de 1% en 2009. Or, nous connaîtrons probablement une récession de 2,25%», argumente Christine Lagarde. En outre, «la France est l'un des deux seuls pays de l'Union où les encours progressent, avec l'Italie, où ils augmentent de 0,8%», poursuit Baudouin Prot.
Si l'argument est valable, il n'exonère pas d'un examen par famille de crédits. Les encours des prêts aux ménages ont progressé de 4,5%. Mais ceux aux entreprises ont reculé de 1,1%. Un recul que la ministre et le dirigeant expliquent par le recours massif des grandes entreprises aux marchés obligataires en 2009 (65 milliards contre 14 milliards en 2008)... Les grands comptes auraient donc moins sollicités les banques.
Les encours du crédit aux TPE et aux PME indépendantes ont eux progressé de 2,7 %, selon la Banque de France.
Pour 2010, la FBF s'est d'ailleurs engagée à consacrer 38 milliards d'euros pour financer leurs besoins d'investissement (+6% par rapport à 2009) et de réduire le délai de réponse aux demandes de prêts à dix jours au maximum. La réponse de la CGPME (la confédération des PME) n'a pas tardé: soulignant que cette somme n'est qu'une «simple possibilité de tirage», elle ajoute que «l'autocensure» dont font preuve les PME dans leurs demandes de prêt «risque en 2010 de se doubler du "phénomène du rétroviseur". Si les banques se basent sur les bilans 2009, majoritairement dégradés en raison de la crise, pour accorder des financements, il y a tout lieu de craindre que le monde bancaire aborde la reprise avec un pied sur le frein.»