L'année 2009 s'est traduite par une forte appréciation des devises émergentes. Le real brésilien et le rouble ont par exemple gagné 38% et 20% respectivement face au dollar depuis leurs plus bas en février. Et le mouvement ne devrait pas s'arrêter en 2010. Alors que les pays développés devraient connaître une croissance molle, les autres zones du globe repartiront plus rapidement d'après les économistes. Les investisseurs, dont l'appétit pour le risque grandit, devraient donc privilégier ces régions. Et les flux d'investissement soutiendront les monnaies locales.
Or,cette appréciation des devises a souvent un impact négatif sur les économies locales. Pour éviter que la hausse du real ne pénalise les exportations, le Brésil a mis en place en octobre dernier une taxe de 2% sur les investissements de portefeuille entrants. Par ailleurs, fin décembre, un représentant du Trésor a évoqué la possibilité d'utiliser le fonds souverain national pour réaliser des achats de dollars sur le marché.
En Russie, l'appréciation du rouble inquiète aussi les pouvoirs publics car elle incite le secteur privé à emprunter de nouveau en devise étrangère. Cet accroissement de la dette externe représenterait un risque en cas de retournement du marché des changes. La Russie entend aussi limiter l'entrée de capitaux spéculatifs. Fin décembre, le Premier ministre Vladimir Poutine a jugé nécessaire un ajustement «des règles afin de rendre la Russie moins attractive pour les capitaux spéculatifs».
Mais les spécialistes ne s'inquiètent guère des mesures prises par les autorités. Tant qu'elles restent modestes, elles sont en effet peu efficaces. De toute façon, la marge de manoeuvre des banques centrales afin de restreindre les flux d'investissement entrants est limitée. Après avoir assoupli leur politique dans un contexte de crise, certaines devraient procéder à une normalisation de leur politique. Par ailleurs, le retour de l'inflation dans les pays émergents devrait conduire les banques centrales à remonter leurs taux au plus tôt à la fin du premier semestre. «Cette hausse des taux devrait rendre les marchés de taux émergents plus attractifs, et accélérer encore les flux de capitaux vers certains pays, ce qui entraînera l'appréciation de la plupart des devises émergentes», expliquait Calyon dans une note de fin 2009.