Les assureurs finalisent de lourds chantiers pour Solvabilité II

Pour se conformer à ces futures exigences, elles doivent muscler leurs systèmes, au profit aussi d’un meilleur pilotage des activités.

Par Christophe Quester le 22/07/2010 pour L'AGEFI Hebdo

 
 


Pour mettre en place notre projet de contrôle interne étendu à l'ensemble des structures de la MGEN* et nous conformer aux exigences de Solvabilité II, le budget se compte en millions d'euros sur quatre ans et demi, a annoncé Alexandre Kurtz, responsable du contrôle interne à la MGEN, lors d'une conférence organisée par l'éditeur américain SAS mi-juin à Paris. Pour l'exercice 2010, nous avons engagé 500.000 euros, sans compter le temps des personnes impliquées. »

Début juin 2010, la MGEN a mis en production son outil de maîtrise des risques opérationnels, fourni par SAS. Son utilisation concernera, à terme, environ 500 personnes. Cet outil, baptisé Sas ORM (OpRisk Management), concrétise la volonté de mise en place d'une démarche globale de contrôle des risques opérationnels initiée en mai 2008 et qui devrait s'achever début 2013, date d'entrée en vigueur de Solvabilité II. Reposant sur un référentiel centralisé des risques de nature opérationnelle recensés et validés (fraude, non-remboursement, pannes informatiques...), il permet de déclarer un incident, d'enquêter sur le problème et d'en valider la résolution. « Un ensemble de tâches réalisées auparavant via des fichiers Excel et centralisées sur des bases de données ‘access', précise Alexandre Kurtz. La déclaration d'un incident se fait en moins de cinq minutes par exemple. Et surtout, de par sa nature centralisée, cet outil permet de disposer d'un référentiel de risques commun et d'animer le dispositif de contrôle interne. » Autre avantage de Sas ORM, il assurera la production de rapports de nature opérationnelle pour le pilotage par les risques et de nature réglementaire, satisfaisant ainsi au pilier 3 de Solvabilité II. Début 2008, une architecture des processus opérationnels a été mise en place. Puis une cartographie des risques afférents à ces processus, ainsi que des moyens associés, et une évaluation des risques résiduels ont été établies. « Chaque risque fait l'objet d'une double évaluation : financière et en termes d'image, soit la qualité du service rendu à nos adhérents », indique Alexandre Kurtz. Au total, 220 processus ont été identifiés. A l'heure actuelle, 40 % de ce périmètre est couvert. La fin du déploiement est prévue pour le premier semestre 2012.

Industrialisation impérative

Même d'importance, le projet de la MGEN ne concerne que la maîtrise des risques opérationnels. Or, Solvabilité II impose de calculer et d'allouer des fonds propres en fonction de trois grandes catégories de risques : outre les risques opérationnels, les assureurs doivent prendre en compte les risques assuranciels et les risques financiers. La directive a donc un impact à tous les niveaux du système d'information et est à l'origine de très lourds projets d'investissements informatiques. C'est ainsi que, chez CNP Assurances, plusieurs grands chantiers liés à Solvabilité II sont actuellement menés. Les uns, lancés il y a un an, ont trait à l'adaptation des outils comptables, financiers et actuariels pour intégrer une vision « multinorme ». Les autres concernent la modernisation des différents outils de calcul. « Les masses de calcul exigées sont très importantes : il faut alimenter les différents modèles, effectuer les calculs, optimiser la récupération des données issues de ces calculs et qui seront réutilisées dans la gestion globale du bilan pour évaluer les sensibilités instantanées à moyen terme par exemple, décrit Martial Lasfargues, directeur des risques et de la Solvabilité chez CNP Assurances. De nombreuses briques fonctionnent déjà : la MCEV (‘market consistent embedded value') est calculée avec ce type d'outil, mais il reste à mettre en place la consolidation globale du bilan sortie des modèles stochastiques. »

L'industrialisation est ainsi une priorité car trop d'interventions manuelles demeurent dans les calculs et la compagnie compte une cinquantaine de portefeuilles avec des modèles différents (rente, épargne...). CNP Assurances doit passer d'une ligne de calcul portefeuille par portefeuille à un dispositif industriel. Quant à la gestion des risques, l'assureur est dans une phase d'expression des besoins avec plusieurs objectifs : suivre des indicateurs de risques traditionnels, être capable de suivre la consommation de fonds propres et augmenter les capacités de réaction. « Comment passer d'un gros outil stochastique de calcul capable de donner des résultats une ou deux fois par an à un dispositif d'évaluation en continu nécessité par ORSA (Own Risk and Solvency Assessment - évaluation interne du risque et de la solvabilité, NDLR) ? », s'interroge Martial Lasfargues. La solution est de mettre en aval de cet outil des solutions adaptées de stockage des données.

Des investissements nécessaires

De même, pour Axa Assurances qui a mis en place un modèle de risques il y a presque dix ans déjà, les impacts sur le système d'information seront d'importance. « Suite à la dernière directive publiée il y a un peu plus d'un an, nous nous sommes mis en mode projet, déclare Sabine Leboulanger, en charge du programme Solvabilité II chez Axa France. Nous procédons à une revue externe des données et du modèle, et étudions les éventuelles conséquences sur nos systèmes d'information. Nous sommes dans une phase de spécification, et aurons en septembre une meilleure visibilité sur le dispositif. Déjà depuis plusieurs années, nous disposons d'outils pour gérer chaque type de risque, mais nous aurons sans doute des projets à mener dans une logique de rationalisation et d'optimisation. »


Mais aussi lourds que paraissent ces investissements, tous les acteurs voient aussi dans Solvabilité II une opportunité. « C'est une occasion de diffuser la culture du risque, y compris dans les secteurs opérationnels », affirme Sabine Leboulanger. Même son de cloche chez Alexandre Kurtz, qui ajoute qu'une extension du contrôle interne à l'ensemble des personnels amène une meilleure gestion des opérations. Quant à Martial Lasfargues, il est plutôt favorable à ce meilleur contrôle des besoins de fonds propres en fonction des risques encourus. Même s'il attire l'attention sur la perversité de l'approche très procyclique retenue : « Si le cours des actions baissent, le seul moyen de préserver son taux de couverture sera souvent de vendre ces actions, ce qui peut s'avérer dangereux si tous les assureurs doivent se délester en même temps de leurs portefeuilles actions. »

*Mutuelle générale de l'Education nationale
 

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