Le Fund Forum est pour les dirigeants de sociétés de gestion l'occasion de faire le point sur les sujets qui agitent le secteur. Et il en est un qui ne passe décidément pas inaperçu : la montée en puissance des «newcits», ces OPCVM (Ucits) mettant en œuvre des stratégies alternatives.
Du côté des régulateurs, on aborde cette tendance avec circonspection. «Des OPCVM ayant recours à des stratégies de hedge funds ne peuvent être destinés au grand public. Il faudra faire des distinctions entre ces fonds plus ou moins complexes» met en garde Eddy Wymeersch, président du CESR.
Un point de vue loin d'être partagé par tous les gérants. «Je m'élève contre une logique qui voudrait que les newcits utilisant des techniques de hedge funds seraient ainsi très complexes, donc risqués. Il n'y a aucune raison de faire des différences entre eux dans la mesure où le gérant respecte les règles de la directive OPCVM. Aujourd'hui d'ailleurs la plupart des fonds obligataires traditionnels utilisent des dérivés. Mais il appartient au régulateur de bien s'assurer que le gérant a les moyens en termes de contrôle des risques d'assumer la stratégie qu'il souhaite développer», s'insurge Laurent Ramsey, directeur général de Pictet Funds.
Mais dans cet univers relativement nouveau, il n'y a pas non plus unanimité parmi les acteurs. Pour Massimo Tosato, vice-président exécutif de Schroders, «ces produits absolute return destinés à la distribution doivent rester simples. Si le long short equity peut facilement être intégré, nous éviterons les stratégies obligataires, qui sont trop complexes pour le véhicule OPCVM». Un débat qui n'est pas neutre pour le métier de l'asset management, alors que des centaines de produits de ce type ont été créés.
«Craignant de ne plus pouvoir vendre leurs fonds offshore en Europe du fait de la directive AIFM, les gérants de hedge funds se rabattent sur les OPCVM, au risque de brouiller l'image des fonds Ucits, en particulier vis-à-vis des investisseurs non européens» s'inquiète Jean-Baptiste de Franssu, directeur général d'Invesco Europe et président de l'Efama. «Attention à ne pas mettre en péril le label Ucits, une garantie de qualité aux yeux des investisseurs», renchérit Marc Raynaud, président de BNP Paribas IP Luxembourg, favorable à cette tendance mais qui prône un renforcement de la transparence sur les risques pris.