Dans le sillage de la crise et de la perspective d'exigences réglementaires accrues, le secteur de l'assurance prépare sa mue. Depuis le début de l'année 2010, les mouvements de consolidation annoncés entre acteurs ont ainsi crû de 40% à 44,5 milliards de dollars (35 milliards d'euros) par rapport à la même période de l'année précédente, selon des données de Dealogic.
Pour autant, peu d'opérations ont finalement abouti à ce jour, comme en témoigne le nouveau revers essuyé mardi par AIG. Après l'échec de la cession de sa filiale d'assurance vie asiatique AIA à Prudential, l'assureur américain vient de se heurter au refus des autorités de régulation sur la vente de sa filiale taïwanaise Nan Shan Life à deux fonds basés à Hong-Kong.
Parallèlement, le sort d'Axa APH, filiale asiatique détenue à 54% par Axa, reste en suspens depuis près de neuf mois. Alors que deux banques australiennes, NAB et AMP, étaient toutes deux en lice pour racheter Axa APH en vue d'en conserver les activités en Nouvelle-Zélande et en Australie et de revendre le solde à Axa, la première est freinée par l'avis de l'autorité de la concurrence et la seconde éconduite par les administrateurs indépendants de la cible.
Plusieurs banques, à l'image d'ING, cherchent par ailleurs des acquéreurs pour se désengager de certaines activités afin de rembourser les aides publiques. La difficulté à finaliser des opérations de rapprochement dans le secteur de l'assurance «s'explique principalement par un désaccord sur le prix entre acquéreurs et vendeurs, ces derniers ayant globalement des exigences trop élevées», estime Cyrille Chartier-Kastler, président de Facts & figures. Cela a notamment été le cas pour Prudential, dont les actionnaires ont refusé le projet de rachat d'AIA pour 35,5 milliards de dollars.
Pour autant, la consolidation du secteur est bien appelée à s'accélérer. «De nombreux mouvements vont intervenir dans les prochaines années dans le cadre de Solvabilité II, qui va faire fondre le rendement des capitaux investis dans l'épargne vie en euros. Les assureurs non-vie spécialisés sur des risques longs ou lourds vont par ailleurs devoir se rapprocher en vue d'avoir une plus forte dilution avec des risques de natures différentes», estime Cyrille Chartier-Kastler.