L'Agefi : La FBE estime que les récentes propositions du Comité de Bâle sont « une base de discussion ». Pensez vous qu'elles vont trop loin dans l'augmentation des exigences en capital ?
Guido Ravoet : C'est un document de travail. Pour l'instant le Comité ne donne ni chiffres ni ratios. Mais bien sûr, il y a certaines choses que nous aurions préférées différentes. Une définition trop stricte du ratio Tier 1 posera – c'est certain – des problèmes. Par ailleurs, créer un ratio de levier (leverage ratio) prend l'exact contrepied de la directive Bâle 2. Mais nous sommes réalistes. Tout cela se fait dans le cadre du G20, donc ces éléments sont là pour rester. Nous devrons vivre avec.
Vous estimez toutefois que les conditions de mise en œuvre d'un ratio de levier pourraient être plus ou moins favorables...
Nous souhaitons que ce ratio soit inscrit dans le pilier 2 de la directive, autrement dit qu'il soit pris en compte dans l'évaluation individuelle des banques par les superviseurs. Cela permettra d'avoir une discussion avec eux au cas par cas. Le superviseur l'utilisera comme un clignotant. Or le Comité parle de migrer vers le pilier 1. Là ce n'est plus un clignotant, c'est la guillotine, une application rigide et automatique du ratio.
Mais le but du Comité de Bâle n'est-il pas précisément de réduire le levier donc les risques?
Certes, mais il faut que cela reste dans la logique de Bâle 2 qui est un système sophistiqué. La crise a montré qu'il y avait des failles réglementaires, sur les produits dérivés ou la titrisation. Là, nous acceptons qu'on en tire les conséquences en termes de besoins en capitaux. Cela dit, si on demande trop de capitaux, on peut arriver à une situation où la couverture des risques devient trop coûteuse.
N'est-ce pas aussi le but des régulateurs de renchérir les risques ?
Le secteur financier prend nécessairement des risques. Il faut que le marché puisse exister pour pouvoir transférer les risques. Il y a un équilibre à atteindre pour les décideurs politiques et les régulateurs entre la réduction générale des risques dans le système, d'un côté, et le maintien d'une possibilité de fonctionnement des marchés, de l'autre.
On a cependant assisté depuis 15 ans à une croissance de certains marchés d'instruments financiers qui semblait sans rapport avec les besoins du reste de l'économie...
C'est vrai que les marchés financiers avaient perdu le lien avec l'économie réelle. Les créances titrisées ont ce lien. Mais si vous recommencez à faire des pools de produits titrisés, il n'y a plus de lien avec les produits sous-jacents, avec les actifs réels. Le secteur financier dans son ensemble doit arriver à des produits plus simples pour éviter que de nouvelles bulles ne se forment. Maintenant, si on arrive à rendre la bulle transparente, c'est déjà un progrès !
Le FMI considère que les banques européennes sont encore loin d'avoir nettoyé leur bilan, qu'elles sont en retard sur les banques américaines à cet égard. Pourquoi tarder, alors que ce nettoyage est nécessaire pour rétablir des conditions de crédit satisfaisantes?
Les banques publient des rapports trimestriels conformément aux règles IFRS et doivent inscrire leurs actifs financiers à la valeur de marché. Les banques américaines, elles, peuvent plus facilement transférer des actifs du trading book au banking book. Dans les banques européennes, tout est transparent. Il se peut qu'il reste des amortissements à passer sur des actifs inscrits au banking book qui auraient en réalité une valeur négative. On le sait. Mais ce n'est pas un problème en soi.
Faut-il s'interroger sur l'étendue des activités de marché des banques commerciales ?
La séparation entre banque d'investissement et banque commerciale est un débat ancien. Je constate que seules deux grandes banques d'investissement ont survécu à la crise : Morgan Stanley et Goldman Sachs, les autres ont disparu ou ont été rachetées. On ne peut pas dire que la crise démontre la supériorité du modèle préconisé par le Glass Steagall Act. La ségrégation n'est pas un système infaillible. Nous pensons exactement le contraire. Des banques comme BNP Paribas se sont très bien tenues car ce sont des grands groupes diversifiés, en termes d'activités et de risques. Nous croyons que la banque universelle est le modèle gagnant.
Mais justement, les banques commerciales ont été sauvées en dépit de leurs pertes, pour garantir les dépôts...
Il est essentiel que les régulateurs et les législateurs se concentrent sur les risques systémiques et pas seulement sur les institutions systémiques. C'est l'interdépendance entre institutions qu'il est essentiel de contrôler pour sauvegarder la stabilité financière.