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Le retour des chasseurs de coûts

le 08/01/2009

Crise oblige, les entreprises réduisent leur voilure. Les consultants qui les accompagnent dans cette démarche viennent de tous horizons.

A 36 ans, Pierre Lasry, président de LowendalMasaï, société de « conseil opérationnel en optimisation de coûts » qu’il a créée en 1992, ne souffre pas de la crise. Bien au contraire. Depuis le début, ce jeune chef d’entreprise qui venait d’une société de services informatiques où il était consultant a centré son activité sur la réduction de coûts pour les entreprises avec quatre domaines d’intervention : fiscal, social, « cash » (gestion du poste client) et achats.


Aujourd’hui, les services de sa société, qui compte 480 consultants dans le monde dont 300 en France, sont particulièrement sollicités par des acteurs de la finance, un secteur jusqu’ici peu consommateur de ce type de conseil. « Depuis douze mois, nous constatons un véritable afflux de demandes en provenance du secteur financier concernant le sujet de la réalisation d’économies, dans des domaines auxquels ces entreprises ne pensaient pas jusqu’à maintenant, explique Pierre Lasry. Comme le dispositif de crédit d’impôt recherche (CIR) qui valorise l’innovation sous forme de crédit d’impôt sur les sociétés. Car les critères de l’administration fiscale pour reconnaître l’innovation sont larges et les banques ignoraient jusque-là que certains de leurs projets pouvaient être éligibles au CIR. Autre domaine qui peut concerner ce secteur : l’optimisation de la taxe foncière sur les immeubles de bureaux dont une entreprise est propriétaire. »


Des expertises diverses


Ce genre de prestataires peut intervenir sur des sujets très divers comme la TVA, les impôts locaux, ou encore les frais généraux. De ce fait, leurs profils sont eux aussi très variés. Ainsi, les équipes de consultants chez LowendalMasaï sont composées notamment de juristes, d’experts-comptables, de géomètres, de contrôleurs financiers, d’anciens inspecteurs des impôts, d’anciens salariés de l’Urssaf…


Mais attention, si ces experts ont pour objectif de compresser les dépenses de toute nature que peut réaliser une entreprise, les effectifs salariés n’entrent jamais dans leur champ d’action. « Nous proposons une gamme entière de solutions qui permettent de réaliser des économies indolores sur le plan social puisqu’elles n’affectent aucunement l’emploi. Nous agissons sur les cotisations sociales, la fiscalité, le besoin en fonds de roulement et les achats, précise Pierre Lasry. Nous ne préconisons jamais de plans sociaux, ces compétences n’existent pas chez nous ! » Tous les chasseurs de coûts ne sont pas des coupeurs de têtes !


Chez Alma Consulting Group, où 1.400 consultants (dont 1.200 en France) travaillent sur ces mêmes problématiques, on insiste aussi sur ce point : « restructuration des coûts » ne signifie pas « réduction des effectifs ». « Je préfère dire que nous sommes des ‘optimisateurs de charges’ car notre type de restructuration ne porte pas ni sur l’organisation de l’entreprise, ni sur ses effectifs, déclare Marc Eisenberg, président fondateur d’ Alma Consulting Group. Il s’agit d’optimiser la situation, en réalisant des économies sur, par exemple, ses achats non stratégiques (matériel de bureau, dépenses téléphoniques, d’énergie...). Nous négocions avec la direction des achats et/ou la direction financière. Mais nous n’avons jamais touché aux salariés, dans aucune entreprise. » La société de conseil, qui a recruté 200 professionnels en 2008, affiche, elle aussi, une expertise pluridisciplinaire. « Nous comptons, au sein de nos équipes, des comptables, des ingénieurs spécialisés dans la recherche, des financiers, des auditeurs, des actuaires, des informaticiens... », énumère le dirigeant, dont les clients sont à 60 % des groupes du CAC 40, ainsi que 5.000 PME de 250 personnes et plus.


Selon lui, l’attrait de cette profession, qui peut avoir mauvaise presse lorsqu’elle est associée à la notion de licenciement, repose sur son ancrage dans le monde réel car les consultants sont directement impliqués dans la vie d’une entreprise. « C’est un métier qui évolue tous les jours et qui permet de voir concrètement les résultats de son action, assure Marc Eisenberg. C’est intellectuellement stimulant ! »




Suppression de postes

Changement de registre avec les « big four » ( Ernst & Young, Deloitte, KPMG, PricewaterhouseCoopers), où officient aussi des « restructureurs » - avec des équipes plus ou moins denses selon les groupes - mais d’une autre nature, car ces consultants peuvent, eux, être amenés à travailler sur des suppressions de postes. « Parmi les objectifs dans le cadre de nos missions figure aussi la protection des salariés, souligne Cédric Colaert, associé en charge de l’activité « restructuring » chez Ernst & Young, qui est composée de 80 consultants et vient d’être renforcée par trois nouveaux collaborateurs. Car revoir la façon dont une entreprise fonctionne, cela veut aussi dire s’efforcer de sauvegarder des emplois. Mais il peut arriver que nous soyons contraints de toucher aux effectifs. » Les missions de restructuration menées par ces professionnels touchent même aux rouages des entreprises. « Notre activité consiste à repositionner à court terme, mais aussi dans leur vision stratégique, les sociétés du point de vue de l’exploitation et de la trésorerie : volumes clients/fournisseurs, prévisions de trésorerie, négociations avec les créanciers… Tandis que les ‘cost killers’ sont, eux, focalisés sur les frais généraux avec une vision quasi exclusivement court terme de l’entreprise », affirme Cédric Colaert qui dirige ce pôle depuis près de dix ans.


Un métier dont ne se lasse pas le consultant : « On peut réellement changer le cours des choses pour une entreprise et c’est très motivant. Je suis moi-même fils d’entrepreneur et je connais bien les problèmes auxquels peut devoir faire face une entreprise. Cela me plaît d’y être confronté ! »


Sens de la psychologie

L’activité, prenante, nécessite aussi d’être psychologue avec les différents interlocuteurs comme le chef d’entreprise mais aussi les banquiers, les clients, les fournisseurs et les pouvoirs publics.


Car ces consultants peuvent intervenir pour des sociétés en grave difficulté, voire au bord du redressement judiciaire. « Je me rappelle d’un patron qui m’appelait à 23 heures, puis à 7 heures le lendemain matin, à chaque fois pour me demander si on allait s’en sortir, se souvient un professionnel. Il faut savoir gérer l’urgence, les situations de crise, comme une crise de liquidités. »


Par ailleurs, les grands du conseil cherchent avant tout des profils d’auditeurs parmi les diplômés de grandes écoles de commerce ou d’ingénieurs. « L’expérience de l’audit est assez importante car elle apprend à être rigoureux sur les chiffres, à avoir un référentiel commun, à trouver des conclusions précises », explique Cédric Colaert. Quant à la rémunération, elle est située à l’embauche entre 31.000 et 44.000 euros annuels, et peut aller jusqu’à 150.000 euros annuels pour un « directeur » (niveau senior). « Nous tenons surtout à trouver des collaborateurs qui ont envie de travailler dans cette activité, car il faut aussi se sentir prêt à être en permanence en première ligne dans les négociations », précise l’associé de Ernst & Young.

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