Dossier Gestion indicielle

Le recours à des expositions indicielles se banalise

Désormais, même les gérants actifs détiennent des lignes d'ETF, tant pour l’allocation stratégique que tactique.

Par Thierry Zakhia le 30/04/2009 pour L'AGEFI Hebdo

 
 

Le recours à des expositions indicielles se banalise

La crise a accentué, chez les multigérants, le besoin de transparence, de simplicité et de sécurité. D'où un plus grand appétit pour les gestions indicielles au détriment des gestions actives. « Les faits montrent qu'il est quasiment impossible pour un gérant de faire mieux que le marché », note Bernard Aybran, directeur de la multigestion chez Invesco Asset Management. Les pointages faits par Standard & Poor's sur les performances de ses indices par rapport aux fonds à gestion active (pointages appelés SPIVA, pour Standard & Poor's Versus Active) confortent plutôt cette idée. Entre 2004 et 2008, le S&P 500 a surperformé 79,1 % des fonds actifs sur les grandes valeurs, et le S&P SmallCap 600 a dépassé 85,5 % des fonds évoluant dans le même univers des petites capitalisations. Et cela est encore plus vrai sur des périodes plus longues. De ce fait, l'exposition indicielle est devenue presque incontournable pour les différents types de gestion, d'autant que la palette des produits indiciels, avec les exchange traded funds (ETF) comme fer de lance, s'est considérablement enrichie.

Faibles contraintes opérationnelles

« Lorsque nous construisons une allocation stratégique pour une gestion institutionnelle, nous effectuons des simulations avec différentes classes d'actifs diversifiantes, explique Denis Cohen-Bengio, responsable des spécialistes produits - solutions d'investissement chez Axa IM. Pour celles qui ne sont pas à notre disposition en interne, nous avons généralement recours aux ETF. Mais parfois, ce recours est seulement motivé par le client qui souhaite limiter ses coûts de gestion. » En effet, « de plus en plus d'investisseurs préfèrent les 'trackers' au détriment de l'achat en direct d'un panier de titres représentant l'indice par souci de sécurisation des investissements, explique Christian Jimenez, fondateur et président d'Imene Investment Partners, société de conseil en investissements financiers (notamment auprès de la Française des Placements pour son fonds LFP Diamant Bleu). Cela évite en effet les contraintes opérationnelles de gestion de portefeuille et les risques d'exécution, surtout pour les équipes de petite taille. »

Coûts élevés, gestion complexe d'un grand nombre de lignes, faible flexibilité et risque d'exécution handicapent d'autant la gestion indicielle en direct par rapport aux futures ou aux ETF. Par ailleurs, « ces derniers ont permis de diffuser la gestion indicielle à des classes d'actifs très différentes et que l'on croyait réservées à la seule gestion active, rappelle Thibaud de Cherisey, responsable du développement des ETF Europe chez Invesco PowerShares. Depuis quelque temps, de nombreux univers hors actions, comme les obligations ou le crédit, apparaissent. L'offre d'ETF répond à la volonté des gérants d'affiner leurs paris. » D'ailleurs, pour les ETF obligataires, les coûts d'accès sont souvent plus compétitifs que sur les sous-jacents.

« Même dans le cadre d'une gestion active cherchant à surperformer les indices (capter de l'alpha, NDLR), il ne faut toutefois pas négliger le bêta, autrement dit l'évolution du marché, explique Christian Jimenez. La gestion indicielle permet aux gestions actives d'être investies dans le marché, le but étant de capter tout mouvement haussier. » Un point de vue confirmé par Bernard Aybran pour qui « de plus en plus de gérants actifs détiennent des lignes d'ETF dans leurs portefeuilles. Ils permettent de faire des paris sur des secteurs ou des thématiques où il serait difficile de le faire autrement, comme les biotechnologiques. Par ailleurs, il existe aujourd'hui des ETF 'short' (vendeurs, NDLR) qui intéressent particulièrement les fonds alternatifs ». Cela permet par exemple de mettre en place des stratégies d'arbitrage.

Les « futures » très réactifs

Il faut néanmoins noter que, dans le cadre d'une gestion tactique, les ETF peuvent être concurrencés par les futures. « Pour un indice courant et un horizon court, les 'futures' sont très réactifs et permettent de faire des allers retours rapides, poursuit Christian Jimenez. Mais tous les gérants ne sont pas autorisés à les acheter dans leurs fonds. Autre inconvénient, on n'achète pas l'indice, mais son anticipation. Avec les 'futures', on peut donc perdre même quand le marché est resté stable. »

Ce côté sans risque des ETF (l'assurance de faire comme le marché), couplé à leur flexibilité, rend ces produits intéressants pour les périodes de transition, comme lors d'un changement d'allocation stratégique ou dans le cas de ce qu'on appelle le « cash equitization », c'est-à-dire lorsque l'investisseur cherche à optimiser la gestion de ses liquidités en attendant de prendre ses décisions définitives.

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