Si la publication de la synthèse du rapport Roussely n'apporte pas vraiment d'éléments nouveaux sur l'évolution de la filière nucléaire française, elle marque la victoire d'EDF, et de son PDG, Henri Proglio.
L'Elysée a décidé qu'EDF sera «l'architecte-ensemblier de l'équipe France» pour les projets de centrales nucléaires en France et dans le monde, dans le cadre du partenariat stratégique qui unira les deux groupes. Henri Proglio devra donc trouver un terrain d'entente avec Anne Lauvergeon, patronne d'Areva, à moins que cette dernière ne parte, comme les rumeurs l'évoquent périodiquement. Elle pourrait toutefois rester jusqu'à la fin de son mandat à l'été 2011. «Seul un dialogue sérieux et une volonté partagée, sans arrière-pensées, au niveau des deux directions générales permettra de donner du corps à un partenariat stratégique à retrouver», souligne avec force le rapport Roussely.
Autre atout pour l'électricien, l'Elysée mentionne la possibilité d'une montée d'EDF au capital du groupe nucléaire. Selon une source gouvernementale citée par Bloomberg, EDF pourrait prendre jusqu'à 7% du capital d'Areva, dont il détient déjà 2,5%. Cette opération viendrait en plus de l'augmentation de capital d'Areva de 15%, qui doit avoir lieu avant la fin de l'année, assure l'Elysée. Cette opération de l'ordre de 3 milliards d'euros était prévue initialement au premier semestre... Des premières négociations sont déjà engagées avec le japonais Mitsubishi –qui serait intéressé par une part de 2% du capital d'Areva selon le journal Nikkei– et avec des fonds souverains du Qatar et du Koweït. Une bonne opération pour Areva qui devrait ainsi bénéficier d'une manne financière supplémentaire, alors que le groupe a près de 10 milliards d'euros d'investissements à financer d'ici à 2012.
Reste à savoir comment réagiront les clients d'Areva en voyant EDF monter significativement au capital du groupe nucléaire, et si EDF ne risque pas d'avoir davantage les mains liées dans son choix de fournisseurs. L'Elysée assure que cet accord «à caractère non exclusif ne remet pas en cause la capacité des deux entreprises à coopérer avec d'autres industriels du secteur».
De plus, «nous craignons une destruction de valeur substantielle (...) et nous estimons qu'il serait beaucoup plus raisonnable pour EDF de maintenir un rôle modeste et sélectif sur son marché domestique seulement», estime la recherche de Citigroup.