Près de 30%. Tel est le gain enregistré depuis une semaine par l'opérateur ferroviaire britannique Arriva. Il affiche désormais une capitalisation de 1,5 milliard de livres (1,67 milliard d'euros) et une valeur d'entreprise de près de 2,4 milliards de livres (2,68 milliards d'euros).
Il faut dire que le plus gros opérateur privé européen suscite des convoitises. La semaine dernière, la Deutsche Bahn a fait part de contacts en vue d'une offre. Et l'Allemand ne devrait pas être seul sur le dossier. Suite à des rumeurs parues dans la presse britannique, le ministre des Transports, Dominique Bussereau, a assuré que l'Etat français apporterait son soutien à la SNCF dans ce dossier.
La SNCF ne fait pas de commentaire mais l'intérêt pour Arriva n'est pas nouveau. Les deux groupes ont déjà discuté ces derniers mois. Mais Arriva a déclaré début mars avoir mis fin aux discussions, qui portaient sur un rapprochement avec Keolis (filiale de la SNCF non cotée). L'idée était de créer un ensemble pesant 6,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires.
La précision apportée par Dominique Bussereau est donc d'importance puisqu'elle laisse supposer que cette fois la SNCF est prête à passer par une offre. Et le soutien affirmé de l'Etat ne sera pas inutile. Car la concurrence sera rude. Pour un analyste britannique de Shore Capital, la Deutsche Bahn, qui a dès le départ parlé d'offre en cash, reste favorite sur le plan financier, même s'il lui faudra probablement offrir plus que les cours actuels. Certains analystes évoquent des prix de 800 à 820 pence contre un prix de marché d'environ 750 pence.
Face à son homologue allemande, la SNCF a en tout cas un bilan qui ne lui donne pas beaucoup de marge. Hier, la société dirigée par Guillaume Pepy a annoncé une perte nette de 980 millions d'euros pour 2009 et surtout un creusement de sa dette passée en un an de 6,03 à 7,17 milliards d'euros (1,1 fois les fonds propres et 4,25 fois la marge opérationnelle). Sans compter que «la situation financière du groupe continuera de se dégrader en 2010», souligne son communiqué.
En revanche, le volet réglementaire pourrait être la carte à jouer pour la partie française. En cas d'offres, «la Commission européenne demanderait probablement à la Deutsche Bahn de céder les activités allemandes d'Arriva, rendant l'opération moins attractive» qu'avec la SNCF, estime la recherche de Macquarie.