Si créer de l'« alpha » (de la surperformance) n'est pas aisé pour un gérant actions, cela ne l'est pas non plus pour un gérant obligataire. C'est ainsi que 96 % des fonds obligations zone euro commercialisés en Europe (plus de 300) sous-performent sur 10 ans (à fin 2008) l'indice Barclays Capital Euro Aggregate (selon une étude Vanguard, basée sur des données Lipper), tandis que 68 % des fonds actions Europe sous-performent le MSCI Europe sur la même période. « La gestion indicielle fait encore plus de sens en gestion obligataire, juge Guy Parent, responsable du développement France de Vanguard en France. La dispersion des performances entre les bons gérants et les moins bons est par exemple beaucoup plus faible que sur les actions. Aussi, il est difficile de dénicher un gérant qui se distingue vraiment et l'importance des frais est ainsi primordiale. »
Le tiers des ETF européens
Fort de ces constats, les investisseurs ont massivement dirigé leurs souscriptions vers les exchange traded funds (ETF) spécialisés. Avec un bond sur le marché européen d'un peu plus de 14 milliards d'euros fin 2007 à près de 32 milliards fin mars 2009, les ETF obligataires et monétaires sont sans doute le principal phénomène de ces derniers mois dans l'univers des fonds indiciels cotés, dont ils représentent dorénavant près du tiers des encours. Lyxor a ainsi créé sa gamme en 2005 en se focalisant sur les obligations gouvernementales et affiche, début avril 2009, 5,4 milliards d'euros dans ce domaine (hors son ETF monétaire, qui pèse 2,5 milliards). En janvier comme en février, plus de un milliard d'euros ont été traités quotidiennement sur les ETF obligataires sur Euronext.
Ce développement est cependant récent. Fin 2006, les ETF de taux pesaient en Europe moins de 10 milliards d'euros, contre 68 milliards pour les ETF actions. « La raison peut-être du faible développement de l'indiciel obligataire et en particulier du corporate est qu'il est très difficile de créer des indices obligataires corporate basés sur des prix fiables », juge Mirela Vlad, responsable d'EuroMTS en France. « Créer des indices actions est plus facile, car il y a davantage de transparence que sur les marchés obligataires », reconnaît Ricardo Manrique, directeur général du fournisseur d'indices Stoxx, à Zurich. Mais après s'être exclusivement concentré sur les actions, il étudie l'élaboration d'indices obligataires, qui seraient fondés sur la contribution de nombreuses banques à la détermination des valorisations.
En outre, « traditionnellement la gestion obligataire est moins 'benchmarkée', moins proche des indices, que la gestion actions, ajoute Thibaud de Cherisey, responsable du développement Europe ETF d'Invesco PowerShares. Aussi, le besoin de produits indiciels s'est fait sentir moins rapidement. » La société de gestion n'a lancé qu'en octobre dernier son premier ETF obligataire en Europe, mais envisage de prendre de nouvelles initiatives dans les prochains mois. « Des segments nouveaux, tels que les émissions corporate, la dette souveraine des pays émergents, voire les convertibles, sont encore à explorer », estime Thibaud de Cherisey.
Transparence
Dans cette perspective d'ailleurs, c'est seulement début mars que Lyxor a créé son premier ETF d'obligations d'entreprises. « Nous offrons ainsi une bonne transparence sur un marché pourtant de gré à gré, car en outre, nous nous concentrons sur le segment le plus liquide de la classe d'actifs, essentiellement la dette senior, de notation égale ou supérieure à A, d'une duration de trois à cinq ans et issue d'émissions de 750 millions d'euros au minimum », précise Emmanuelle Choukroun, responsable développement produits de Lyxor. L'indice retenu est le Markit iBoxx Eur Liquid Corporate, qui se fonde sur des prix fournis par une dizaine de banques contributrices et est composé d'une quarantaine de noms d'émetteurs (et non de plusieurs centaines comme d'autres indices de référence sur ce marché), ce qui le rend investissable.
Le plus souvent cependant du fait du très grand nombre de lignes et de la faible liquidité de certains titres composant un indice obligataire, le gérant indiciel ne peut le reproduire intégralement. « Nous ne sommes généralement pas en réplication totale, mais en optimisation, expose Guy Parent. Nous neutralisons les facteurs de risque en retenant des obligations dont les caractéristiques sont représentatives de celles de l'indice. Plus le nombre de titres est important, plus l'écart de suivi est faible mais plus les coûts sont élevés, aussi nous cherchons un optimum. »