Par quelque bout qu’on le prenne, l’accord signé lundi soir entre Romain Zaleski et ses créanciers prend des airs de capitulation en rase campagne. Pour éviter la liquidation immédiate de son holding Carlo Tassara, fortement endetté et pris à revers par la chute des marchés, l’homme d’affaires franco-polonais a dû faire de sérieuses concessions à ses banques. Du grain à moudre pour toutes les structures qui connaissent aujourd’hui des problèmes similaires.
A l’origine, le schéma retenu prévoyait de rembourser les créanciers étrangers de Carlo Tassara, BNP Paribas et RBS, en faisant assumer leur exposition, soit 1,3 milliard d’euros, par les banques italiennes. Un arrangement à l’amiable dans la plus pure tradition transalpine, qui s’expliquait par les participations que la holding détient dans les fleurons locaux: 5% d’Intesa Sanpaolo, 2% de Generali, Mediobanca et UBI Banca, ou encore 10% d’Edison, autant de groupes dont la géographie du capital répond à de savants équilibres.
Rien de tel désormais. Pour rembourser BNP Paribas et RBS, Romain Zaleski va mettre la main à la poche: la holding augmentera son capital de 200 millions d’euros et devrait céder aux deux banques «des options de vente utilisées pour couvrir les part dans Intesa Sanpaolo et Generali», selon les analystes de Banca Akros.
Les créanciers italiens ne prendront, eux, aucun risque supplémentaire. Au contraire: UniCredit devrait se faire rembourser 600 millions d’euros grâce à la cession des parts du holding dans Arcelor Mittal et Vinci. La banque aurait aussi renégocié des intérêts à la hausse sur son exposition résiduelle de 1,1 milliard.
L’ensemble des banques italiennes accorde tout de même un moratoire de douze mois à Carlo Tassara. Là aussi, sous condition: la holding leur versera dès maintenant une commission d’arrangeur, et le paiement d’une success fee est prévu dans un an en cas de bonne fin de l’opération. Romain Zaleski cède en outre la présidence de son holding à Pierfrancesco Saviotti, l’ancien patron de la Comit. Les créanciers auront trois administrateurs sur six.
Commence désormais un délicat travail de reclassement en bon ordre des participations italiennes de la holding. Une issue qui ne doit pas masquer la responsabilité des banques italiennes: celle d’avoir prêté à un investisseur pour qu’il achète leurs propres titres.