L'envolée la semaine dernière du yen, qui a touché un plancher de 83,90 yen pour un dollar, a contraint la Banque du Japon (BoJ) à se réunir d'urgence hier pour renforcer ses mesures d'assouplissement monétaire. La BoJ a du coup introduit une nouvelle opération d'apport de fonds aux banques à 6 mois et à taux fixe. Le dispositif s'élève à 10.000 milliards de yens (91 milliards d'euros), ce qui porte à 30.000 milliards de yens le programme de prêts aux banques japonaises lancé en décembre pour contrer l'escalade de la devise asiatique.
Cette décision, prise à la majorité de son conseil (par 8 votes contre 1), vise à résoudre une situation sur le change qui s'est dégradée, pénalisant davantage les exportations de l'Archipel et faisant craindre une rechute de l'économie. En 2009, le PIB japonais a chuté de 5,2%. Cette année, le PIB, qui a rebondi de 1,1% au premier trimestre, s'est essoufflé au deuxième trimestre, ne progressant que de +0,1%.
La BoJ a jugé nécessaire de surveiller de près les risques pouvant menacer les perspectives d'activité et du niveau des prix au Japon. Elle pointe aussi du doigt l'incertitude accrue sur les perspectives économiques des Etats-Unis et l'instabilité des taux de change et des marchés actions. Cette mesure vise à encourager un déclin des taux d'intérêts de marché et à assouplir davantage les conditions monétaires. Pour autant, l'institution monétaire n'a pas changé son évaluation sur la conjoncture nippone, qui a montré des signes de redressement modéré. Selon BNP Paribas, la croissance du Japon pourrait atteindre près de 3% en 2010 avant de ralentir à 1,5% – 2% en 2011.
Alors que les taux directeurs sont restés inchangés autour de 0,10%, la déception a été grande du côté des investisseurs qui s'attendaient à des mesures plus agressives pour éviter la déflation. D'ailleurs, à Tokyo, après avoir bondi de 11 pb à 1,11% à l'annonce de cette décision, les taux japonais à 10 ans ne se tendaient plus que de 3 pb suggérant la déception du marché des taux.
Surtout, sur le change, le dollar/yen, qui a avait grimpé de 0,70% à 85,91, reculait en séance de 0,7% à 84,56. Mitsubishi UFG Morgan Stanley juge un peu tardive la réponse de la BoJ face à la récente hausse de la devise nippone et à la chute des actions et voit même l'autorité annoncer une nouvelle opération à 6 mois d'ici la réunion des 6 et 7 septembre en cas de poursuite de l'envolée du yen.