Un rebond de 4,9% pour l'indice bancaire Euro Stoxx, avec la Société Générale et le Crédit Agricole en vedette, et des CDS en baisse. Les marchés ont salué hier le compromis trouvé sur les nouvelles normes prudentielles au Comité de Bâle –exception faite de l'Allemagne, inquiète pour ses caisses d'épargne. Par rapport à la version initiale de Bâle 3, les inflexions apportées allègent le fardeau prévisible des banques, surtout sur la liquidité. Même si, en définitive, le secteur sera soumis à des contraintes bien plus élevées qu'à l'heure actuelle.
Les banques pourront continuer à comptabiliser dans leurs fonds propres Tier one une partie de leurs participations financières (dans la limite de 15% de la composante equity) et la part revenant aux intérêts minoritaires de leurs filiales. La mise en place du très controversé ratio de liquidité à un an est quant à elle repoussée à 2018. «C'est très favorable aux spreads des banques, les investisseurs n'ont plus à s'inquiéter d'un afflux d'émissions de dette bancaire senior», estime la recherche crédit de BoA Merrill Lynch.
«Le Comité de Bâle reconnaît que le deuxième ratio de liquidité à un an n'est pas adéquat dans sa forme actuelle, ce qui est positif, confirme Ariane Obolensky, directrice générale de la Fédération bancaire française (FBF). En revanche, il reste attaché à la création du ratio de levier, qui nous semble inopportun. Même si l'horizon est fixé à 2018, la publication du leverage ratio, prévue dès 2015, aura une influence sur les marchés.»
Côté français, on essayait hier d'évaluer l'impact des modifications annoncées. Les banques se sont réunies hier après-midi à la FBF. Pour Ariane Obolensky, «il n'est pas sûr que le Comité de Bâle ait fait bouger son curseur dans des proportions importantes. Et il nous manque toujours le calibrage des nouvelles mesures, qui seul nous permettra d'en apprécier l'impact sur les banques et sur le financement de l'économie.» Le ratio minimum de solvabilité à respecter reste ainsi à préciser. L'ensemble des règles doit être publié en septembre.
Mais les analystes font déjà leurs calculs. «En tant que grandes perdantes de Bâle 3, les banques françaises devraient bénéficier de ces révisions», estime Omar Fall, chez UBS. Le Crédit Agricole, dont le titre a pris 10,1% hier, était le plus menacé, en raison de sa participation de 25% au capital des banques régionales, et de ses filiales d'assurance. La déduction totale du capital des filiales d'assurance représenterait à elle seule 10,5 milliards d'euros, rappellent les analystes de Morgan Stanley, soit 2,9 points de ratio Tier one sur un total de 9,6 points à fin mars 2010.
Les intérêts minoritaires ont aussi un poids élevé chez les banques françaises, à l'image des 25% que BNP Paribas ne détient pas dans Fortis. «Chez BNP Paribas et la Société Générale, les intérêts minoritaires représentent respectivement 1,2% (environ 8 milliards d'euros) et 0,8 % (3 milliards d'euros) du core Tier one», rappelle Morgan Stanley.
Les banques britanniques aussi peuvent souffler. «Barclays pourrait conserver sa part dans BlackRock sans être pénalisée», souligne Morgan Stanley, qui valorise cette participation à moins de 10% de l'equity Tier one du groupe. Quant à Lloyds, elle sera bien moins affectée que prévu par les mesures sur la liquidité, «avec un ratio à un an de 94% à fin 2009, contre 72 % dans la première proposition».