La valse des patrons de banques françaises

Les têtes changent et les patrons des BFI prennent du poids dans les organisations.

Par Thomas Carlat et Amélie Laurin le 28/05/2009 pour L'AGEFI Hebdo

 
 

La moitié des vingt plus grandes banques européennes ont changé de patron au cours des douze derniers mois. En avril, UBS a même nommé son troisième directeur général en moins de deux ans ! Sanctions, évolution démographique, tournant stratégique, les groupes français ne sont pas épargnés, même si le phénomène y est moins brutal. Il aura fallu quinze mois avant que la démission de Daniel Bouton, PDG de Société Générale, soit effective. Après l'affaire Kerviel, celui qui avait été nommé directeur général en 1993 a d'abord été maintenu dans ses fonctions par les administrateurs de La Défense. Mais le président de la République et l'opinion voulaient sa tête. Et il a dû accepter il y a un an une séparation des pouvoirs, Frédéric Oudéa, alors directeur financier, devenant le nouveau directeur général du groupe. Ensuite, son refus initial d'annuler les bonus des hauts dirigeants de la banque, l'annonce d'un plan de stock-options à la veille de la grève générale du 19 mars et enfin la révélation du montant de sa retraite-chapeau ont mis un terme à cette situation transitoire. Le 6 mai, Frédéric Oudéa, 45 ans, s'est vu confier les pleins pouvoirs.

Les « quadra » en tête

Ce changement de génération s'illustre aussi à la tête du futur organe central des Banques Populaires et Caisses d'Epargne. Plombés par les pertes de leur filiale commune Natixis, les deux groupes n'ont pu s'opposer au parachutage de François Pérol, 45 ans, ancien secrétaire général adjoint de l'Elysée. Sa nomination met fin à l'ère des « barons ». Bertrand Comolet, président du directoire de la Caisse d'Epargne d'Ile-de-France et éphémère patron de l'Ecureuil après le départ de Charles Milhaud en octobre dernier, ne figure pas dans l'équipe de direction générale du nouvel organe central (NOC). Et son alter ego aux Banques Populaires, Philippe Dupont, présidera seulement le futur conseil de surveillance. Quant à la direction générale du NOC, elle compte autant de « bleus » que de « rouges », mais surtout une majorité de « blancs », étrangers aux deux réseaux. S'il en est de même pour les « n-1 », dont la nomination est attendue prochainement, c'est une nouvelle ère qui va débuter, avec un plan stratégique annoncé pour septembre.

Société Générale connaîtra-t-il un changement aussi radical ? Frédéric Oudéa a déjà imprimé sa marque en évoquant d'éventuelles acquisitions en banque de détail et cessions ou partenariats dans les secteurs moins stratégiques. Or, à son côté, la vieille garde n'est plus représentée que par Didier Alix. Le directeur général délégué en charge du réseau, âgé de 62 ans, fait figure de vétéran, alors que son homologue Philippe Citerne, l'ancien numéro deux de Daniel Bouton, a été poussé à la retraite en avril.

62 ans, c'est également l'âge de Georges Pauget, directeur général de Crédit Agricole SA (CASA). Durant l'été 2008, des rumeurs avaient évoqué son départ imminent. Une manœuvre répétée qui a poussé la banque à déposer une plainte contre X le 4 février. Jusqu'à présent, Georges Pauget a toutefois pu compter sur le soutien du président René Carron et du conseil d'administration. Mais ses récentes décisions (augmentation de capital de juin 2008, baisse du dividende, voire acceptation de la première « aide » d'Etat) ont du mal à passer auprès des caisses régionales, actionnaires majoritaires de CASA. Ces derniers ont d'ailleurs préféré l'encadrer. En octobre 2008, Georges Pauget s'est ainsi vu adjoindre deux directeurs généraux délégués supplémentaires, Jean-Yves Hocher et Bernard Mary, un homme fort du réseau, aux côtés de Jacques Lenormand et Jean-Frédéric de Leusse, nommés un an plus tôt. Désormais, chacun d'eux supervise un grand pôle d'activité du groupe.

Partout les patrons de métiers prennent du poids. Même chez BNP Paribas, la seule des grandes banques françaises à ne pas avoir touché à ses instances dirigeantes. Moins affaiblie que ses concurrentes par la crise, le groupe de la rue d'Antin s'est encore renforcé en mettant la main sur Fortis Banque. Cette acquisition conforte la position de son directeur général, Baudouin Prot, 58 ans, voire de son président, Michel Pébereau, 67 ans. En outre, l'intégration du nouvel ensemble, si elle réussit, offrira un bel avenir aux patrons opérationnels. D'autant que la direction de BNP Paribas leur permet d'étendre leurs champs de compétences. Outre le « swap » récent de ceux de la banque de détail et des services financiers spécialisés, elle a en effet décidé de permuter le patron de sa banque de financement et d'investissement (BFI) avec celui de sa gestion d'actifs, Jacques d'Estais échangeant sa place avec Alain Papiasse (L'Agefi Hebdo du 7 mai).

Les autres BFI, particulièrement affaiblies par la crise, ont connu des changements plus radicaux. Chez Société Générale, le patron du pôle, Jean-Pierre Mustier, s'est ainsi vu remettre les clés du pôle gestion d'actifs et services aux investisseurs. Mais là, pas d'échange. Surnommé le « liquidateur », Jean-Pierre Mustier conduit en particulier le rapprochement entre Société Générale Asset Management et Crédit Agricole Asset Management. Et son avenir à l'issue de cette opération est encore inconnu, tandis que Michel Peretié, un ex-Bear Stearns, dirige la BFI avec un comité exécutif resserré. Quant au reste de l'organigramme, peu modifié depuis le début de la crise, il pourrait évoluer dès cet été. Christophe Mianné, responsable des marchés actions et dérivés, travaille à un rapprochement de sa division avec celle des taux, change et matières premières. Au sein de la division grandes entreprises, Thierry Aulagnon mise sur le conseil, un métier dans lequel Société Générale n'a pourtant pas de positions très fortes. Après Thierry d'Argent, ancien directeur de JPMorgan France chargé des fusions-acquisitions arrivé récemment, la banque souhaite recruter vingt banquiers seniors et une quinzaine de spécialistes des fusions-acquisitions. Cette tâche incombera sans doute à Inès de Dinechin puisque, selon nos informations, cette spécialiste des produits structurés de taux, change et matières premières va prendre très prochainement la tête des ressources humaines de la BFI dont le directeur actuel, Pascal Augé, s'est vu confier une autre « mission » au sein du groupe.

Des évictions coûteuses

Chez Natixis, c'est un homme neuf, Laurent Mignon, qui va devoir remettre l'entreprise au carré, l'ancien président du directoire, Dominique Ferrero, ayant été nommé conseiller auprès de François Pérol. Ce nouveau directeur général, venu d'Oddo, s'est entouré d'Olivier Perquel, un banquier d'affaires passé par la gestion d'actifs, et de Jean-Marc Moriani. Cet ex-Calyon arrivé à l'été 2007 pour superviser la BFI devient directeur général adjoint. Le sort des autres patrons de métiers est de fait en suspens. Des voix en interne expliquent que l'éviction de certains dirigeants pourrait être trop coûteuse. Le cas de Jean-Pascal Beaufret, membre du directoire parti avec 300.000 euros d'indemnité au bout de neuf mois de contrat, a marqué les esprits.

Chez Calyon, filiale de CASA, la question ne s'est pas posée. En poste depuis le 1eroctobre 2007, Marc Litzler, son directeur général, a dû se retirer dès mai 2008. Un fin connaisseur des rouages de la banque verte, Patrick Valroff, lui a succédé pour changer de cap. Et l'ancien responsable des services financiers spécialisés de CASA n'a pas tardé : dès septembre, il a présenté le nouveau plan stratégique pour la période 2008-2010. Objectif : recentrer Calyon sur des activités moins risquées et davantage tournées vers les clients. Ce qui s'accompagne d'un plan d'économies de coûts de 300 millions d'euros d'ici à 2010, notamment via la suppression de 500 postes. Dans tous les cas, les nouveaux patrons opérationnels, principalement en BFI, ont besoin du soutien de leur direction générale de groupe pour mener à bien les changements nécessaires.

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