Steven Golub a pris hier les rênes de Lazard après l'annonce du décès de son PDG Bruce Wasserstein à 61 ans. Mais cette nomination par intérim n'éteint en rien les questions sur l'identité du nouveau patron de la banque d'affaires, et la stratégie que celui-ci adoptera. Hier, le titre Lazard a perdu jusqu'à 6,1 % à New York en début de séance, avant d'effacer une partie de ses pertes.
Les appréhensions du marché tiennent d'abord à la personnalité hors norme de Bruce Wasserstein, star des fusions-acquisitions depuis trois décennies. Le banquier épaulait encore personnellement ces derniers jours le groupe alimentaire Kraft dans ses projets d'acquisition de Cadbury. «Sa mort fera du mal à Lazard, estimait hier Richard Bove, analyste chez Rochdale Securities. Bruce Wasserstein était la force motrice de la renaissance de la société, de son introduction en Bourse et de ses actions agressives ces dernières années pour grandir de nouveau». Le dirigeant a unifié les trois maisons de New York, Paris et Londres. En 2005, il a coté Lazard, dont l'action a progressé de plus de 80 %.
Depuis son arrivée dans la firme en 2001, le banquier avait passé plus de temps à régner seul qu'à préparer sa succession. Une vieille tradition chez Lazard, où les passages de témoin sont toujours délicats, comme on l'a vu récemment à Paris avec la mise en place du tandem Erik Maris – Matthieu Pigasse pour remplacer Georges Ralli. Or, à 63 ans, Steven Golub n'incarne pas forcément l'avenir.
D'autres noms de dirigeants potentiels circulent outre-Atlantique. Comme celui de Gary Parr, arrivé en 2003 et expert du secteur financier, à la manoeuvre dans le rachat de Bear Stearns par JPMorgan ou dans celui de BGI par BlackRock. Barry Ridings et Terry Savage, 57 et 61 ans, patrons de l'activité restructuration, ont également le profil.
En attendant d'avoir plus de visibilité sur le futur organigramme de Lazard – dont Bruce Wasserstein était aussi le premier actionnaire –, les investisseurs pourraient donc se montrer hésitants.
«Les successions entraînent typiquement une période de flottement. Les organisations ont tendance à se focaliser sur elles-mêmes, et il devient plus difficile de recruter des seniors jusqu'à ce que la nouvelle équipe dirigeante soit en place», soulignait hier Chris Kotowski, analyste chez Oppenheimer, pour expliquer l'abaissement de sa recommandation sur le titre.