Christine Lagarde a coupé la poire en deux, comme le lui suggérait le gouverneur de la Banque de France Christian Noyer. En annonçant vendredi dernier que le taux du Livret A sera porté à 1,75 % le 1er mai, contre 2,5 % aujourd'hui, la ministre de l'Economie a repoussé au 1er août une baisse encore plus drastique de la rémunération du produit. Une demi-mesure qui fait partiellement les affaires des banques.
Fonction de l'inflation, tombée à 0,3 % en mars, et des taux monétaires au jour le jour et à 3 mois, le taux du Livret A aurait déjà dû être ramené à 1 % le 1er mai. La Banque de France a le droit, depuis cette année, de proposer des révisions trimestrielles, en mai et en novembre, en plus de celles de février et d'août, dans la limite de 150 points de base, si les conditions l'exigent. Ce n'est que partie remise, l'inflation et les taux monétaires devant encore refluer d'ici au mois de juillet, qui servira de base au prochain calcul.
Pour les banques, la décision de vendredi est plutôt positive. Autorisées à conserver 30 % des montant collectés depuis le 1er janvier, le reste étant centralisé à la Caisse des dépôts, elles verront baisser le coût de cette ressource, mais aussi celle des autres produits qui sont implicitement indexés sur le Livret A (livrets d'épargne, comptes à terme...). La Banque de France en attend une baisse du coût des crédits. Mais dans la mesure où les établissements financiers n'ont pas encore répercuté l'intégralité de la baisse des taux de marché sur celui des prêts (lire ci-dessous), ils devraient en profiter pour reconstituer une partie de leurs marges.
En revanche, la collecte du Livret A risque d'en pâtir. En termes réels, « le taux du Livret A est plus intéressant à 1,75 % au 1er mai 2009 qu'en août 2008 à 4,0 % », comme le note Cyril Blesson chez Seeds Finance. Mais le grand public devrait se focaliser sur le taux nominal, au plus bas niveau depuis la Libération. En février, la collecte sur le Livret A et le Livret de développement durable est déjà revenue à 2,1 milliards d'euros, après un record de 18,8 milliards en janvier lié à la banalisation du produit dans tous les réseaux bancaires. Après avoir ouvert massivement des livrets (plus de 5 millions), les banques pourraient avoir beau jeu de proposer aux épargnants de revenir vers l'assurance vie, dont les taux, même en baisse, redeviennent compétitifs. (Lire en page 12, la plainte du Crédit Agricole).