Tout autant que les résultats des tests de résistance bancaire, les investisseurs attendaient vendredi des précisions sur la méthode employée par les autorités européennes. Celle-ci fait 55 pages. L'exercice s'est d'abord fondé sur un choc macroéconomique, suivant deux scénarios: l'un central, mais déjà plus pessimiste que les prévisions de croissance de la BCE ou du FMI, l'autre stressé ou «adverse» et auquel les autorités attribuent une probabilité de réalisation de 5% seulement.
Ce second scénario fait l'hypothèse d'une retombée en récession de la zone euro, avec une baisse du PIB de 0,2% en 2010 et 0,6% en 2011. Le taux de chômage culminerait à cette date à 11,5%, les taux à 3 mois à 3,30% (contre 0,88% aujourd'hui) et les taux à 10 ans à 5,30%. Ce scénario est ensuite décliné par pays. En France, par exemple, il impliquerait une croissance négative dès le troisième trimestre 2010, peu probable. Le scénario prend aussi en compte une baisse de l'immobilier résidentiel et commercial différenciée selon les pays. Le recul serait de 5% dans l'Hexagone, un chiffre peu élevé mais en rupture totale avec le rebond des derniers mois.
A ce choc macroéconomique s'ajoute un choc souverain, qui produit ses effets à deux niveaux. La dette souveraine détenue dans le portefeuille de trading des banques se voit appliquer des décotes allant de 4,7% pour les Bunds allemands à 23,1% pour la dette grecque, à 5 ans. Ces décotes ont été obtenues en conjuguant une remontée générale des taux, un choc par pays reflétant l'écart maximal de spread observé par rapport au Bund, et un spread additionnel.
«Le choc est supérieur à ce qu'on avait constaté au pire de la crise de la dette souveraine», souligne Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France. Les taux français et allemands avaient ainsi baissé, et non pas augmenté comme le scénario adverse en fait l'hypothèse.
La dette souveraine détenue dans les portefeuilles bancaires, en revanche, n'a pas été décotée, car des pertes se concrétiseraient seulement en cas de défaut ou de restructuration de dette d'un Etat. Une hypothèse exclue, qui a laissé les investisseurs sur leur faim. Les régulateurs ont estimé qu'une hausse des taux fragiliserait les emprunteurs et renchérirait le coût du risque. C'est seulement ce choc souverain indirect sur le portefeuille de crédits au secteur privé dans les banking books qui a été calculé.