En dépit du redémarrage en trombe des émissions de crédit en Europe, la liquidité sur le marché secondaire demeure problématique pour les professionnels des marchés de la dette, qui ont organisé une journée de rencontres jeudi à Paris avec la participation de L'Agefi.
Jugeant normal que le marché primaire soit en pointe cette année après une année 2008 catastrophique, Etienne Stofer, directeur de la Caisse de retraite du personnel navigant a souligné, lors d'une table ronde, que «la réduction des spreads donne l'illusion d'une certaine amélioration». «L'activité est particulièrement faible en termes de volumes», a noté Philippe Rakotovao, responsable mondial des ventes et du trading crédit chez Calyon.
Alors que les achats d'obligations des investisseurs institutionnels à long terme ne constituent pas un soutien durable à l'activité, ce manque de liquidité ne semble pas troubler les grands émetteurs. «Ce contexte ne pose pas de problème. Le marché secondaire sert à juger le niveau sur lequel on peut sortir sur le primaire», a remarqué Sylvie Billion, directeur de la trésorerie du groupe EDF. Pour autant, la dernière émission d'EDF, placée auprès des particuliers, a bénéficié d'un contrat d'animation de liquidité avec trois banques.
Pour Hervé Goigoux-Becker, directeur des gestions de taux chez OFI AM, «le faible niveau de liquidité est une conséquence du problème non résolu de la transparence sur le niveau des prix». Le reporting constitue une réponse. Alors qu'outre-Atlantique, le dispositif TRACE impose de nombreuses contraintes de publication, Philippe Rakotovao estime qu'en Europe, il faut «éviter que la transparence post-marché tue le marché».
Sur ce point, Etienne Stofer, qui est aussi le président du groupe de travail «transparence obligataire» de l'AF2I, l'association française des investisseurs institutionnels, a fait savoir que les réflexions de l'AF2I et de l'AFG ont abouti à des recommandations, présentées dans le cadre des travaux de Paris Europlace. Ces derniers s'orienteraient sur l'idée de la mise en place d'une plate-forme centralisée des ordres et des intérêts acheteurs et vendeurs. Cette plate-forme viendrait en complément des fournisseurs de données tels que Market Access et viserait à créer un point d'ancrage favorisant la formation des prix sur le marché secondaire. Une proposition pourrait être faite début 2010.