La finance deviendrait-elle plus responsable? C'est en tout cas l'une des conclusions de l'étude menée par l'organisme chargé de la notation des fonds socialement responsable, Novethic. En effet, suite à une trentaine d'entretiens menés auprès d'acteurs de divers métiers de la gestion financière, la filiale de la Caisse des dépôts constate que les sociétés de gestion intègrent davantage des critères de développement durable dans la gestion de leurs actifs.
Plus précisément, les enjeux environnementaux, sociaux, et de gouvernance (les critères ESG) tendent à être davantage pris en compte par les différentes stratégies de gestion des investisseurs institutionnels ou sociétés de gestion.
Ainsi, l'organisme indique que les démarches qui intègrent les enjeux ESG se développent «que ce soit par l'évaluation de la qualité des portefeuilles qui ne sont pas labélisés fonds ISR (investissement social et responsable), par l'extension de la recherche extra-financière ou par le déploiement d'exclusions normatives».
En conséquence, Novethic estime aujourd'hui à près de 2.460 milliards d'euros le montant des encours concernés directement ou indirectement par l'intégration ESG en France contre seulement 66 milliards d'euros en 2008. L'organisme ajoute que «nombre d'acteurs ont annoncé leur souhait de poursuivre, voire d'accélérer leurs démarches d'intégration ESG en 2010 et 2011».
Plusieurs facteurs expliquent cette évolution. Tout d'abord, le cadre international. En effet, les principes de l'investissement responsable (PRI) ont été lancés en 2006 sous l'égide des Nations unies. En outre, les sociétés de gestion souhaitent rentabiliser le développement de l'analyse extra-financière, mise en œuvre pour gérer des fonds ISR. L'objectif est également de préserver sa réputation et les valeurs portées par les sociétés mères. L'enjeu est également commercial. Enfin, la crise a également pu accélérer l'intégration des critères ESG dans la mesure où les placements à rendements plus modérés et à plus long terme apparaissent comme plus pertinents.
Toutefois, Novethic souligne que les «actifs faisant l'objet de cette intégration ESG sont gérés avec des contraintes extra-financières moindres que les fonds ISR». L'intégration des enjeux ESG ne signifie donc pas «un aboutissement pour l'ISR» qui demeure encore un marché de niche avec moins de 50 milliards d'euros d'encours gérés en France.