Le bassin méditerranéen mobilise toujours autant l'Europe. Charles Milhaud a remis hier à l'Elysée le rapport de la Commission sur le financement du codéveloppement en Méditerranée. Le rapport constate un déficit de financement de long terme pour les entreprises de l'Est et du Sud de la Méditerranée – particulièrement des PME – malgré une épargne domestique importante et près de 20 milliards d'euros d'aides octroyées tous les ans aux pays concernés. Il souligne également le manque de fonds pour les grands projets régionaux.
Afin d'y remédier, la commission Milhaud propose la création d'une institution financière spécifiquement chargée de financer le codéveloppement et axée sur les PME. «Il ne s'agit pas de faire ce que d'autres [institutions] font déjà, précise son président. Elle devra faciliter l'accès aux crédits longs et au capital. [...] Transformer l'épargne liquide en épargne longue est précisément le rôle d'un établissement de crédit.»
La Commission, composée de dix experts issus des deux rives de la Méditerranée, va poursuivre son travail en étudiant trois pistes possibles; les résultats des travaux pourraient être présentés au prochain sommet européen. La première solution serait la création d'une banque de la Méditerranée à partir de la filialisation des activités FEMIP (Facilité euro-méditerranéenne d'investissement et de partenariat), qui regroupe les moyens d'intervention de la Banque européenne pour l'investissement (BEI). Celle-ci en détiendrait une participation située entre 35 et 50%. Deuxième cas de figure, la création d'une banque ex nihilo fortement dotée en capital. Enfin, la dernière piste consisterait en la mise en place d'une institution de taille plus restreinte à partir des caisses de dépôts de la région.
Certaines d'entre elles se connaissent d'ailleurs bien pour collaborer au sein de programmes existants, comme le fonds d'infrastructures InfraMed (L'Agefi du 27 mai), qui sera doté à terme d'un milliard d'euros. Quelle que soit la solution retenue, la Commission promeut l'idée d'un actionnariat impliquant les pays du Sud, ainsi que ceux du Golfe. «Nous avons ressenti leur volonté de prises de participation dans les entreprises locales. Cela rend nécessaire la formation d'un véritable marché financier concernant les actions», note Charles Milhaud.