La situation hongroise se tend. Alors que l'Etat souhaitait émettre hier 50 milliards de forints (175 millions d'euros) de bons du trésor à 12 mois, il a dû revoir ses ambitions à la baisse. Il n'a ainsi placé que 35 milliards de forint, face à des investisseurs inquiets et faiblement présents. La demande pour l'opération n'a été que de 63,5 milliards de forints, contre 89 milliards, lors d'une émission similaire le 19 août dernier. Le trésor hongrois a donc payé cher, trouvant un taux de 5,82%, contre 5,44% en août.
Une hausse de 38 points de base (pb) du coût de financement en quinze jours qui s'inscrit dans la lignée de l'évolution des taux hongrois sur le marché secondaire. Les taux à deux ans ont ainsi pris 60 pb depuis le 20 août à 6,71%. Sur le 10 ans, les taux baissaient hier de 13 pb à 7,2%, soit un spread de 500 pb avec le taux allemand. Des tensions qui s'expliquent par la situation économique et financière hongroise. Peu avant son émission, la Banque centrale hongroise (MNB) a notamment enchaîné les annonces inquiétantes.
La MNB a ainsi réitéré sa position récente sur les taux, répétant que si les pressions inflationnistes persistent et que l'accès au financement du pays se durcit, elle ré-augmentera ses taux directeurs. Maintenus à 5,25% en août pour le quatrième mois consécutif, ils devraient être relevés le 28 septembre prochain lors de la réunion de la Banque centrale. Parmi les plus hauts de l'Union européenne, ce taux constitue un plancher historique pour la Hongrie. Par comparaison, en août 2008, il atteignait à 11,5 %. Plus inquiétant encore, la banque centrale a déclaré qu'elle pourrait finalement être contrainte à demander l'aide du FMI et de l'Union européenne.
La MNB s'inquiète notamment du renforcement du franc suisse contre le forint. Selon BNP Paribas, en 2009, seuls 30% du montant total des prêts hongrois étaient en devise locale. Les ménages ont en effet en très grande partie souscrit des crédits hypothécaires dans la devise helvétique (et en euro) espérant bénéficier d'un taux de change favorable. Le forint ayant baissé de 18% par rapport au franc suisse cette année, il compromet la situation financière des ménages, et par contrecoup des banques et du pays. A 218 forints pour un franc hier, le taux de change dépasse même le pire scénario anticipé par la banque centrale en avril dernier, à 215.