Les récents indicateurs économiques confirmant un ralentissement de la croissance aux Etats-Unis sur le second trimestre, couplés aux rumeurs de marché, ont rendu envisageable un éventuel réinvestissement dans les Treasuries des fonds collectés par la Fed sur ses détentions de titres adossés à des prêts hypothécaires et de titres de dette d'agences. Toutefois, à l'approche du comité de politique monétaire de ce soir, un retour de l'assouplissement quantitatif semble prématuré aux yeux de certains experts.
Evoquée par un article du Wall Street Journal, cette idée du réinvestissement des fonds collectés par la Fed sur ses MBS et autres titres de dette avait été déjà avancée par son président, Ben Bernanke, lors de son audition semestrielle devant le Congrès. Selon SGCIB, outre cette possible mesure d'assouplissement additionnelle de sa politique monétaire, le banquier central n'avait pas écarté l'idée de taux qui resteraient à des niveaux exceptionnellement bas pendant plus longtemps et celle d'une possible baisse du taux d'intérêt servi par la Fed sur les dépôts au jour le jour des banques auprès d'elle, l'IOER, fixé à 25 pb. «Si la reprise est en péril et que la menace d'une déflation à la japonaise pèse sur l'économie américaine, ces actions restent modérées (...). Cependant la Fed semble prête à mettre en œuvre le réinvestissement», note SGCIB.
D'après Aurel BGC, Ben Bernanke avait aussi considéré la réduction de la taille du portefeuille obligataire de la Fed comme une solution de reprise «en douceur» de la liquidité excédentaire dans l'économie. Pour le courtier, si la Fed venait à adopter la mesure évoquée, «son impact sur la liquidité ne serait visible qu'en 2011, ce qui impliquerait qu'elle ne fasse rien en termes de reprise de liquidité avant plusieurs trimestres». Mais l'acceptation hier par l'institution de 225 millions de dollars en MBS d'agences, dans le cadre d'une opération de reverse repo, ne va pas dans ce sens. D'ailleurs, selon Barclays Capital, la Fed suit actuellement une politique de non réinvestissement des liquidités, qui pourrait se traduire par une contraction de 250 à 275 milliards de dollars de son bilan l'année prochaine.
La banque britannique ne juge pas nécessaire une telle option vu que le consensus pour le PIB américain au deuxième semestre s'établit encore à +2,75% et que l'inflation sous-jacente pointe encore à 1,4%.
Alors que les taux hypothécaires sont à des niveaux historiquement bas, si la Fed venait à réinvestir ses fonds dans les Treasuries, «la perception du gouvernment monétisant la dette pourrait se traduire par des rendements obligataires plus élevés, vu que les anticipations d'inflation pourrait être révisées à la hausse. Au bout du compte, cela augmenterait le coût d'emprunt à long terme et pentifierait davatange la courbe des taux, ce qui serait contre-productif», ajoute Barclays.
Pour Aurel BGC, le réinvestissement n'est pas acquis. Car en dehors de James Bullard, président de la Fed de Saint Louis, qui a évoqué le risque de déflation, et Thomas Hoenig, président de la Fed de Kansas City, qui a appelé à des Fed Funds à 1% avant la fin de l'été, la plupart des banquiers centraux ont jugé nécessaire de conserver des taux durablement bas pour soutenir la reprise.