En plein débat sur la valorisation de La Poste, le rapport que la Cour des comptes publié hier apporte de l'eau au moulin de la Caisse des dépôts. Pour les sages de la rue Cambon, «plusieurs garanties doivent être apportées par l'Etat actionnaire» à la CDC, qui deviendra un actionnaire de référence de l'opérateur postal en lui apportant 1,5 milliard d'euros de capital d'ici à fin 2010.
Depuis plusieurs mois, HSBC pour l'Etat, Lazard et Morgan Stanley côté Caisse, tentent de valoriser La Poste à son «juste prix». La fourchette des estimations, qui variaient du simple au quadruple, se réduit. Les discussions «devraient s'achever mi-septembre», estime une partie prenante, juste le temps de permettre à la Commission de surveillance de la CDC d'être saisie du dossier en octobre et à La Poste de mener son augmentation de capital. A titre d'exemple, si le groupe public était valorisé à ses fonds propres à fin 2009, la CDC en détiendrait 27 %.
L'exercice est d'autant plus complexe que l'activité courrier de l'opérateur rétrécit, et que le succès du plan d'affaires à 2015 du groupe repose sur celui de la Banque Postale (L'Agefi du 16 avril 2010).
Or ce plan ne tient pas compte de l'effet des futures normes Bâle 3. «Selon les dirigeants de La Poste, ces nouveaux développements pourraient représenter un besoin complémentaire de fonds propres de la Banque Postale de l'ordre de 1 milliard d'euros, notamment en raison de la participation qu'elle détient dans CNP», estime la Cour, qui évoque à demi-mot une remontée possible de cette part au niveau de La Poste. Le maintien des équilibres autour de CNP, dans laquelle la CDC, déjà actionnaire à 40%, va se renforcer, est d'ailleurs au cœur des discussions.
Dans sa réponse au rapport, Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, insiste pour sa part sur les «investissements importants» que la filiale bancaire devra consentir si elle veut s'attaquer au marché des PME. Il juge le taux cible de distribution des résultats de la Banque Postale (45%) «plus élevé que la moyenne des grands établissements français, surtout dans une période où les fonds propres doivent être renforcés».
La gouvernance est aussi sujet de discussions. La CDC siégera bien sûr au conseil de La Poste, mais veut en faire de même à La Banque Postale, ce que l'Etat n'avait pas prévu au départ. Une volonté qu'approuve la Cour des comptes.