Dublin a démontré sa capacité à se serrer la ceinture pour redresser ses finances publiques. Mais l'état désastreux des banques irlandaises, et notamment d'Anglo Irish Bank, remet aujourd'hui en cause les modalités du soutien public au secteur.
Le coût du sauvetage d'Anglo Irish, évalué à 25 milliards d'euros par l'Irlande (dont 22,9 milliards déjà injectés), mais à 35 milliards par S&P, a provoqué mi-août la dégradation du pays à «AA-». Une rallonge de 10 milliards représenterait la moitié du programme d'émission de dette irlandaise en 2010. Résultat, en un mois, l'écart de taux à 10 ans entre les emprunts d'Etat irlandais et allemand s'est élargi de 106 points de base à 333 pb. Les spreads bancaires sont parmi les plus larges du secteur en Europe.
Face à des contribuables toujours plus critiques, Dublin pourrait être tenté de changer son fusil d'épaule. Le schéma d'une scission d'Anglo Irish entre «bonne» et «mauvaise» banque, qui tenait jusqu'ici la corde, pourrait laisser la place à une liquidation ordonnée sur cinq ans, selon la presse locale. Mais un démantèlement coûterait très cher vu l'établissement – Anglo Irish a vendu cet été avec des décotes de 60% une partie de ses actifs immobiliers à l'agence de défaisance publique irlandaise, la Nama.
«Il est temps de voir sérieusement si les créanciers obligataires peuvent assumer une part du fardeau», plaide de son côté Brian Lucey, professeur de finance au Trinity College de Dublin, cité par Bloomberg. Pour l'heure, le gouvernement n'en prend pas le chemin: il négocie avec Bruxelles une extension, au-delà de 2010, de la garantie d'Etat donnée en septembre 2008 à toutes les dettes seniors des banques. Un deuxième schéma de garantie publique, pour des émissions de maturités allant jusqu'à 5 ans, a été mis en place en janvier, et utilisé à hauteur de 8,5 milliards d'euros par Bank of Ireland, AIB et Anglo Irish.
Le financement des banques irlandaises reste en effet très contraint. Quelque 25 milliards d'euros d'obligations arrivent à échéance dans les prochains mois. «Les besoins de refinancement seront inférieurs, car les bilans des banques diminuent rapidement», nuance Harald Eggertedt, stratégiste crédit chez RIA Capital Management. Les 13 milliards d'euros d'obligations reçues de la Nama en échange de leurs actifs toxiques peuvent aussi être escomptées auprès de la Banque centrale européenne.