La gouvernance d'entreprises est-elle responsable de la crise ? Oui, certaines entreprises ont une responsabilité, a répondu Daniel Lebègue, président de l'Institut français des administrateurs (IFA), lors d'un petit déjeuner de l'Association française des trésoriers d'entreprise (AFTE).
Les défaillances ont été notables dans quatre domaines. La gestion des risques et le contrôle interne ont, notamment, laissé passer des fraudes (Madoff, Kerviel). Aussi, l'IFA a mis en place trois groupes de travail, qui dévoileront leurs recommandations avant l'été, sur le suivi des risques dans l'assurance, sur l'audit interne, et sur les liens entre comité d'audit et auditeurs externes.
En outre, le conseil d'administration n'a pas bien rempli ses missions. L'IFA envisage donc de recommander la création d'un comité des risques. La définition de la stratégie doit être beaucoup plus rigoureuse, et le management doit associer le conseil à cette réflexion. Enfin, le moment est venu d'intégrer dans l'évaluation de la performance, les critères extra-financiers : environnement, capital humain et les relations avec les parties prenantes de la société.
Le président de l'IFA a également donné son analyse de la crise financière. Une crise qui en cache quatre s'alimentant l'une l'autre : crise de la régulation, crise de la gouvernance, crise de l'éthique collective et crise du modèle économique de la grande banque.
Alors que la crise de la régulation a mis au grand jour les carences de la supervision mondiale, le sujet a été « assez bien » traité par le G20 en termes d'identification des questions à régler, estime Daniel Lebègue. En revanche, il aurait souhaité que le G20 aille plus loin en matière de titrisation en exigeant que les banques conservent plus de 5 % des actifs qu'elles titrisent.
Mais surtout la crise du modèle économique des grandes banques – fondé sur quatre métiers : banque de détail, gestion d'actifs, BFI et gestion pour compte propre – ne semble pas encore être le souci des acteurs. Or « une partie de la BFI ne repose que sur du vent, déclare Daniel Lebègue. Le modèle économique des grandes banques n'est plus tenable », particulièrement quand on vise une rentabilité des fonds propres de 25 voire 30 %. « Ce modèle est meurtrier, en premier lieu pour les contribuables qui renflouent ces banques ayant pris des risques insensés. »