Changement de décor pour les assureurs. L'an dernier, les compagnies françaises louaient la solidité de leurs résultats en assurance dommages. Un an plus tard, les groupes déplorent désormais un net recul de la rentabilité de cette branche d'activité. Axa France a ainsi enregistré un résultat opérationnel en chute de 35 % à 406 millions d'euros. Ce résultat recule de 40 % à 209 millions d'euros pour le mutualiste Groupama. Quant aux autres mutuelles, dont l'assurance dommages est le cœur de métier, « la profitabilité de l'exercice 2009 sera moindre qu'en 2008 et, dans certaines mutuelles, mauvaise, voire négative », a averti le Groupement des entreprises mutuelles d'assurance (Gema). La faute à une forte dégradation de la sinistralité tant sur les risques de particuliers que sur les risques d'entreprises, notamment en raison des tempêtes de janvier 2009.
Rétention des risques
De plus, « le comportement des assurés a été de faire davantage appel à leur assureur dès qu'ils pouvaient le faire », a indiqué François Pierson, président d'Axa France. Résultat : le ratio combiné (frais et sinistres rapportés aux primes) se dégrade fortement chez tous les acteurs (voir le tableau).
Les compagnies subissent aussi le contrecoup de choix stratégiques et économiques. De fait, pour réduire leurs coûts, elles ont diminué leurs recours à la réassurance, décidant d'augmenter leur niveau de rétention, c'est-à-dire les risques qu'elles conservent dans leurs portefeuilles. Or, « si des assureurs ont augmenté leur franchise, la part prise en charge par les réassureurs a diminué et, donc, celle de l'assureur a augmenté », explique Daniel Fortuit, président du comité des cessions à la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA). Pourtant, les assureurs ne semblent pas enclins à changer leur fusil d'épaule en la matière. « La politique de réassurance ne devrait pas changer, confirme Daniel Fortuit. Si 2010 est une année de sinistralité relativement forte dans le prolongement de 2009, les prix de la réassurance pourraient avoir tendance à augmenter. Pour garder des budgets équivalents, les assureurs conserveraient alors plus de rétention. » Axa a d'ailleurs déclaré qu'il n'avait pas l'intention de changer de structure de réassurance pour 2010. « Mais on regardera pour l'avenir », a annoncé François Pierson.
Priorité à la rentabilité
Par ailleurs, cette dégradation des résultats techniques met en lumière les limites de politiques commerciales particulièrement agressives. Ces dernières années, portés par une sinistralité clémente, les assureurs se sont livré une véritable guerre tarifaire pour gagner ou conserver leurs parts de marché. Résultats : les cotisations sont en repli et les marges se sont réduites. « Aujourd'hui, nous sommes clairement dans un retournement de cycle, observe Vanessa André, directeur en charge de l'assurance chez Fitch Ratings. Avec la forte dégradation de la sinistralité, les assureurs vont donc devoir adapter leurs politiques tarifaires. »
Pour les compagnies, la priorité de l'année est donc l'amélioration de la rentabilité de la branche dommages et de leur ratio combiné. A cet égard, les hausses de prix semblent le seul levier à leur disposition. Les mutuelles ont ainsi annoncé des hausses de 2 % à 3 % en assurance automobile et de 4 % à 6 % en habitation. Axa France évoque des majorations de 3 % à 5 % en automobile et de 5 % à 8 % en habitation. Une politique à double tranchant. « Quelle est la capacité des clients, particuliers et entreprises, à supporter des hausses de tarifs en période de crise économique ?, s'interroge Cyrille Chartier-Kastler, président de Facts & Figures. Le risque de voir augmenter les résiliations de contrats est important. » Surtout, ces majorations sont mal vécues par les réseaux commerciaux, notamment par les agents généraux. Ceux d'Allianz France ont récemment déploré une perte de clients en raison de tarifs en automobile et en habitation jugés hors marché. « Les assureurs vont donc devoir trouver le bon équilibre entre amélioration de la rentabilité technique et politique commerciale », avance Vanessa André. Reste à savoir si ces mesures seront suffisantes alors que la tempête Xynthia, qui a touché la France le 27 février, pourrait grever leurs résultats 2010.