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dimanche 14 mars 2010
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PAYS ÉMERGENTS

Encore du potentiel d'appréciation malgré le rebond récent

le 15/01/2010

La plupart des grands pays émergents ont déjà digéré les effets de la crise financière et leurs indices boursiers se sont fortement repris en 2009 Ces derniers bénéficient toujours d’une bonne marge d’appréciation si tant est que les entreprises confirment le dynamisme économique

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N’en déplaise aux opposants de la théorie du découplage, force est de constater que les pays développés se remettent doucement des effets de la crise et au prix de mesures financières conséquentes alors que les principales économies émergentes qui n’ont pas eu à traverser de période de récupération sont de nouveau sur la voie d’une forte croissance (voir le tableau). Au dire des spécialistes, elles seraient même sorties renforcées de la crise.
En témoigne le changement de comportement des investisseurs institutionnels à l’égard de ces marchés, comme l’explique Allan Conway, responsable de la gestion actions marchés émergents chez Schroders, dans son rapport présentant ses perspectives pour 2010 : « Par le passé, ils considéraient généralement ces marchés comme très risqués/volatils et comme un investissement tactique ; ils achetaient lorsque les conditions de marché étaient favorables et revendaient lorsque le contexte se détériorait. (…) [Aujourd’hui], les investisseurs institutionnels considèrent de plus en plus les marchés émergents comme un investissement stratégique plutôt que tactique. »
Ainsi, les flux vers les fonds émergents ont atteint des montants records en 2009. D’après la base de données américaine EPFR Global, les fonds émergents ont attiré 80,6 milliards de dollars après une décollecte de 49,5 milliards en 2008.

Des fondamentaux solides.
La santé économique des pays émergents apparaît bien meilleure que celle des pays développés à de nombreux égards. La Chine, le Brésil et la Corée, par exemple, sont sortis de la crise avec un niveau d’activité égal ou supérieur à la période antérieure. La plupart des économies émergentes sont également plus attractives en termes de dettes publique et des ménages. « Comparativement, le taux d’endettement des ménages américains représente 78 % du PIB, contre 15 % en moyenne en Asie émergente, 14 % en Europe de l’Est et 6 % en Amérique latine », explique Philippe Leroy, directeur France de Raiffeisen Capital Management.
De plus, elles disposent d’une manne financière considérable. « Parmi les sept pays disposant le plus de réserves de change, six d’entre eux sont des pays émergents, dans l’ordre la Chine, la Russie, Taïwan, l’Inde, la Corée du Sud et le Brésil. La zone euro dans son ensemble arrive seulement en huitième position », ajoute-t-il.
Un nouveau rapport de force s’est ainsi instauré entre les pays développés et émergents. Ces derniers ont notamment acquis une certaine autonomie grâce au développement des échanges Sud-Sud. « La Chine représente désormais une part plus grande des exportations en provenance de marchés émergents que les Etats-Unis. L'Empire du Milieu exporte également davantage vers les pays émergents que vers l’ensemble des pays du G7 », souligne Allan Conway.

Un fort rebond boursier…
La solidité des fondamentaux des émergents a pour corollaire la forte reprise de leurs marchés d’actions. En moyenne, les indices MSCI des pays Bric (Brésil, Russie, Inde, Chine) ont progressé d’environ 80 % et l’indice MSCI Emerging Market de 62 % après des chutes de l’ordre de 50 % en 2008 (voir le graphique). « Une fois gommé le paroxysme de la crise boursière, les indices des marchés émergents obtiennent de meilleurs résultats que ceux des pays développés des périodes les plus courtes aux plus longues, et cela devrait continuer en raison du différentiel de croissance entre ces pays, explique Martial Godet, responsable des investissements New markets chez BNP Paribas AM. Ces marchés devraient continuer de surperformer les marchés développés. Si ces derniers progressent entre 10 % et 25 % en 2010, la hausse des indices émergents devrait être comprise entre 20 % et 50 %. »
De son côté, Allan Conway note qu’« historiquement, lorsque l’indice ISM américain franchit la barre des 50 points, on observe en moyenne une remontée d’environ 40 % des marchés émergents dans les 12 mois suivants. Depuis que l’ISM a dépassé les 50 points au mois d’août de cette année, les marchés émergents se sont certes redressés, mais l’expérience montre qu’ils peuvent encore gagner 30 % ».

… dont la poursuite est conditionnée.
Jusque-là, les Bourses émergentes ont principalement profité du rebond technique après la chute de 2008 et leurs niveaux se sont ajustés sur leur moyenne historique. Cette année, en revanche, leur progression reposera en grande partie sur les résultats des entreprises. « Les bénéfices des sociétés généreront 90 % des performances boursières », estime Philippe Leroy. « Actuellement, les valorisations des marchés émergents restent raisonnables et présentent une décote d’environ 5 % par rapport à celles des marchés développés. Ces valorisations s’appuient sur des ambitions de croissance des bénéfices (+30 % en 2010 et +20 % en 2011) légèrement plus importantes que pour les pays développés. Si ces objectifs étaient atteints, les indices devraient naturellement s’apprécier de 10 % à 15 % sur les deux années tout en restant sur des niveaux inférieurs à ceux de 2007, en termes de prix et de valorisation. Pour espérer une hausse plus importante, les résultats des entreprises des pays émergents devront progresser plus que les niveaux attendus », ajoute Martial Godet.

Logique de bulle ?
La situation actuelle marquée par une forte croissance, une faible inflation, des conditions monétaires attractives, une liquidité abondante et un niveau de volatilité relativement bas rappelle celle des années 2006-2007. Toutes les conditions semblent réunies pour mener au développement d’une bulle avec un risque de surchauffe ou une reprise de l’inflation. « L’un des risques de la forte reprise des marchés émergents réside dans la hausse de la demande de matières premières qui pourrait nous ramener dans la situation du premier semestre 2008 avec un envol du prix du pétrole qui serait très positif sur le plan boursier pour le Brésil, la Russie et l’Indonésie, mais casserait la dynamique de croissance à moyen terme, relève Martial Godet. Pour le moment, nous sommes dans une logique de stabilisation aux Etats-Unis mais si le pays passe dans une phase de restockage, il y aura à nouveau des tensions sur les matières premières avec un risque d’inflation qui sera plus sensible dans les économies émergentes, celles-ci étant en avance dans le cycle sur les pays développés, en particulier sur le marché de l’emploi. »
D’un point de vue boursier, les PER (cours rapportés aux bénéfices des entreprises) se sont nettement redressés en 2009, les plus élevés concernant les marchés du Brésil à 17,8, de l’Inde à 17, de l’Indonésie à 16,3 et de la Chine à 16. « Nous prévoyons un retour à la normale sur la plupart des pays, indique cependant Philippe Leroy. Compte tenu des prévisions de hausse des bénéfices des entreprises pour 2010, les niveaux de PER devraient être plus modérés entre 13 et 14. »
Il n’y aurait donc pas d’indication claire que les marchés émergents soient dans une logique haussière exagérée pour le moment. « Pour comparaison, le rendement annuel moyen au cours de la décennie précédant le pic de la bulle sur le Japon dans les années 90 était de 19 % et de 21 % avant la bulle internet, alors que celui des marchés émergents n’est que de 10 % compte tenu de la correction de 2008 », ajoute Philippe Leroy.


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