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Egalité hommes-femmes, le combat continue |
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| Par Soraya Haquani |
le 17/12/2009 |
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Peu présentes dans la finance, certaines sont tout de même parvenues à y faire leur place. Non sans mal.
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Si Lehman Brothers avait été Lehman Sisters, on n’en serait pas là aujourd’hui ! » Il y a une réalité derrière la boutade lancée par Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de la Banque Mondiale, lors de la 5e édition du Women’s Forum for the Economy and Society (Forum des femmes pour l’économie et la société) qui s’est tenu mi-octobre. Car, dans la finance, les femmes cadres sont largement sous-représentées. Le constat concerne aussi la France. Un exemple : sur les 2.500 nominations recensées par L’Agefi dans l’ensemble des sociétés du secteur financier en France (toutes fonctions) depuis trois ans, seules 252 concernent des femmes à des postes à responsabilités, soit 10 % du total. Le plafond de verre est donc bien réel. Pourtant, le contexte évolue. Les grandes banques tiennent désormais à s’engager concrètement sur le thème de la diversité. Et la parité hommes-femmes en fait partie. En outre, une proposition de loi visant à intégrer, d’ici à cinq ans, 50 % de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises françaises a récemment été présentée par l’UMP. Le débat est prévu fin janvier 2010 à l’Assemblée nationale.
« Le cercle vicieux doit se briser, estime Diane Segalen, vice-présidente du cabinet de chasse de têtes CTPartners. Il existe une solidarité naturelle entre les hommes dirigeants. Ils ont fait les mêmes études, sont dans les mêmes clubs ou réseaux, partagent les mêmes loisirs... Mais on constate que les choses évoluent avec le changement de génération : les quarantenaires qui arrivent à la direction des entreprises ont fait leurs études avec des femmes (ce qui n’est pas le cas des plus de 50 ans) et ont grandi dans une société qui prônait des valeurs d’égalité. » « Le rattrapage est en train de s’opérer, les mentalités changent », ajoute Charles Lai, associé du cabinet de recrutement de cadres dirigeants Leaders Trust, qui confie être davantage sollicité pour trouver des profils de femmes pouvant être administratrices indépendantes au sein de conseils d’administration.
Raisonner autrement
De l’avis des intéressées elles-mêmes, le changement devra aussi venir des femmes. Dans un univers financier traditionnellement masculin et conservateur, elles doivent aller à la conquête du pouvoir. Ce qui implique des changements dans leurs raisonnements, sans pour autant perdre leurs caractéristiques propres. « Les femmes appliquent un management plus collectif et plus participatif, et elles peuvent justement tirer leur épingle du jeu par des tempéraments moins offensifs », note Coralie Rachet, responsable au sein du bureau de recrutement Robert Walters. A 43 ans, Isabelle Santenac dirige depuis deux ans les activités d’audit et de conseil comptable d’Ernst & Young au niveau mondial, soit 55.000 personnes dans 140 pays : « Lorsqu’on m’a proposé ce poste, je me suis demandée ‘suis-je capable de le faire ?’. La plupart des femmes réagissent ainsi car elles ont besoin de se rassurer. Un homme ne se posera jamais cette question. » Le géant de l’audit est impliqué dans l’évolution des femmes, comme l’explique Céline Eydieu-Boutte, associée en charge de la diversité : « Dans moins de trois ans, Ernst & Young s’est fixé comme objectif en France de nommer une femme au sein de son comité exécutif et d’avoir, d’ici à cinq ans, une proportion plus importante d’associées dans le management et la gestion des grands comptes (en France, 19 % des 285 associés sont des femmes, NDLR). » Sur l’éventualité de son arrivée au « comex » (comité exécutif), Isabelle Santenac admet qu’elle « discute actuellement avec des responsables au niveau mondial de ce que pourrait être la suite de (sa) carrière ». « Mais je me suis fait violence pour évoquer ce sujet et ne pas simplement attendre que l’on pense à me proposer quelque chose », confie-t-elle.
Un réflexe assez féminin, d’après Diane Segalen : « Il n’y a pas assez de femmes dans la conquête du pouvoir, c’est très clair. Car la plupart du temps, cela ne les motive pas. Elles ne postulent pas à un poste si elles n’ont pas 80 % des compétences (contre 40 % pour les hommes), elles sont plus motivées par le sens du travail bien fait ou l’accomplissement d’un devoir que par l’argent, donc demandent moins souvent des augmentations et privilégient l’équilibre avec la vie de famille. » Cet équilibre, Marie Cheval, énarque au parcours déjà fulgurant à seulement 35 ans, y tient beaucoup. Sept ans après avoir intégré La Poste pour participer à la création de La Banque Postale (LBP), elle est aujourd’hui membre du comité exécutif de LBP, présidente du conseil de surveillance de LBP Financement, et vient d’être nommée directrice des opérations de LBP avec, sous sa responsabilité, 15.000 personnes dans les centres financiers. « Lorsqu’un homme me demande comment je vais faire pour m’organiser dans ma vie personnelle quand une réunion est prévue tard le soir, je lui renvoie la question ! », plaisante la plus jeune et aussi la plus ancienne du comité exécutif. « J’ai toujours réussi à concilier ma vie personnelle et ma vie professionnelle, en imposant un équilibre que chacun peut comprendre », affirme la jeune femme, qui n’est pas favorable aux quotas pour l’accès à des organes de direction. « C’est un sujet difficile à aborder. Je m’efforce de promouvoir aussi bien les femmes que les hommes et je me dis que les femmes doivent elles aussi pouvoir faire bouger les choses. Je n’ai personnellement jamais ressenti de discrimination. »
Dans certains métiers, les sacrifices consentis au profit de l’avancement de carrière sont d’autant plus lourds à réaliser quand on est une femme. Sharon Lewis est, à 46 ans, associée et responsable au niveau mondial de la pratique « marchés de capitaux » du cabinet d’avocats Lovells : « Chez les avocats d’affaires, les gros dossiers demandent parfois de travailler durant des semaines, jour et nuit et le week-end. Et pour évoluer, que l’on soit un homme ou une femme, il faut s’impliquer dans ces dossiers, être apprécié des clients, les rencontrer… » Selon cette professionnelle, sa « chance » a été de devenir associée avant la naissance de ses enfants. Car pour une jeune avocate d’affaires, mener de front l’éducation familiale et sa vie professionnelle relève quasiment de l’impossible.
Les quotas dérangent
« Les entreprises doivent et peuvent s’adapter aux contraintes des femmes », juge Marie-Claire Capiobanco, qui a gravi un à un, depuis la fin des années 70, tous les échelons au sein de BNP Paribas pour se voir confier, fin 2002, la direction de BNP Paribas Banque Privée France. Depuis septembre 2008, elle est aussi chief executive officer de la ligne Wealth Management Networks (France, Italie, Belgique, Maroc...) du groupe bancaire.
Sur les quotas, sa position est réservée. « Je ne suis pas favorable aux quotas car imposer un pourcentage, cela ne tient pas compte des qualités de chacun. Le côté ‘alibi’ de certaines nominations me dérange ! », s’agace-t-elle. La crainte que partagent un grand nombre de femmes : la perte totale de légitimité dans leurs fonctions, car les quotas feraient passer leurs compétences en arrière-plan. En attendant que cette question soit tranchée par le législateur, les femmes commencent à s’organiser entre elles, comme le montre l’initiative du cabinet d’avocats Eversheds de créer un réseau professionnel pour les directrices juridiques. « Pour notre première réunion fin octobre, le taux de réponses fut très important, se réjouit Valérie Blandeau, avocate associée à l’origine du réseau. Une directrice a même déplacé ses vacances pour venir ! » La nature des débats illustre bien les préoccupations actuelles. « Le sujet phare a été l’égalité hommes et femmes dans le monde du travail. Les attentes sont vraiment fortes, il y a eu beaucoup de questions », raconte la juriste. La prochaine réunion aura lieu dans le courant du premier semestre 2010. D’ici là, la loi sur la représentation des femmes dans les conseils d’administration de grands groupes aura peut-être été votée par les parlementaires…
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