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Effervescence dans la pierre, un paradoxe de façade

le 12/03/2009

Période fertile en créativité, la crise pousse les professions de l’immobilier à se réinventer dans les groupes ou en indépendant.

Flanqué de bâtiments Empire, rue du Faubourg Poissonnière à Paris, l’immeuble commerçant du numéro 9 abrite à l’étage une agence immobilière d’un nouveau genre. Ici, la commission sur les ventes de biens n’excède pas 1 %, contre 6 % chez un agent classique. Le secret : internet permet de réduire les coûts en proposant par exemple des visites virtuelles. Christophe de Pontavice, fondateur de l’agence Efficity, revendique sa philosophie : « Le ‘low cost’, surtout en période de crise, permet de générer un modèle avec des coûts réduits afin de transférer cette économie chez nos clients. » Cet ancien du cabinet de conseil Roland Berger, qui s’est lancé en avril 2007, a déjà séduit des investisseurs qui lui ont apporté un total de 2 millions d’euros.


La crise a paradoxalement donné un coup de neuf aux métiers de l’immobilier. « Ces périodes sont fertiles en création, car les métiers perdent de leur substance et l’approche client doit se faire de manière différente, souligne Stéphane Imowicz, président de la société de conseil en immobilier Ad Valorem. D’où un retour vers le service qui a tendance à être oublié en période d’euphorie. » Cette notion de service porte ainsi l’activité de « chasseur d’appartements » développée par Christine Delosse, 38 ans. « La création de ma société, Homelike Home, en 2003 est partie d’une expérience personnelle, affirme-t-elle. Lorsque j’ai cherché mon propre logement, je me suis rendu compte que les agents immobiliers écoulaient d’abord leurs stocks avant de tenir compte des attentes de leur clientèle. Aujourd’hui, un métier vraiment nouveau se développe et se structure en France. »


Yasmine Medicis aussi profite désormais de la conjoncture. En 2005, elle suit une formation de « home staging » à Seattle (Etats-Unis). Un métier qui consiste à mettre un appartement en scène pour en favoriser la vente. Lorsque la jeune femme crée sa société en 2006, « Mon Home Staging », le marché de l’immobilier est encore vif et la société a du mal à démarrer. « En revanche, à partir du moment où les ventes ont commencé à chuter, les agents immobilier nous ont perçus comme une opportunité pour vendre leurs appartements, confie-t-elle. Depuis fin 2007, ils travaillent beaucoup avec nous. » Ces succès ne doivent toutefois pas occulter la réalité : « Les banques ne financent plus les projets et certains qui avaient été validés à l’automne dernier sont à présent rejetés », constate Christine Delosse.



Financiarisation


A côté de ces démarches entrepreneuriales, l’autre paradoxe du secteur réside dans la bonne tenue des embauches. Le cabinet Robert Walters tire un bilan de l’année 2008 dans son étude mondiale « Salary survey » : « La croissance du marché du recrutement dans l’immobilier est restée soutenue durant le premier semestre. Le second a été plus difficile. Toutefois, la demande en gestionnaires d’actifs immobiliers reste ferme. Elle va se réorienter vers des profils plus qualifiés. » Ce métier qu’exerce Arsène Marquès a de fait fortement évolué (lire l’entretien).


Les besoins de professionnalisation du secteur ont ainsi poussé plusieurs métiers à une véritable mutation. C’est le cas du conseil immobilier devenu un vrai service client pour apporter des solutions à la valorisation d’un bien. Stéphane Imowicz ne peut que constater : « C’est aujourd’hui un métier neuf qui répond à une volonté du client d’exploiter son immeuble de façon optimale. » Ad Valorem prend ainsi en charge l’analyse du bien, les travaux à effectuer, l’aménagement des appartements ou encore la vente de l’immeuble suivant des politiques marketings ciblées. Françoise Sgarbozza, directrice de l’institut du management des services immobiliers (Imsi), explique le succès de ces métiers : « En période de crise, la transaction et la promotion immobilière souffrent car les investissements ne se réalisent pas. A l’inverse, les métiers de la gestion ont le vent en poupe. »


La gestion d’espaces tertiaires s’est ainsi peu à peu vidée de sa substance pour se transformer en facility management. La carrière de Pascal Loudet, directeur du développement chez Facéo, société de facility management, a été influencée par ces évolutions : « J’ai découvert cette profession en 1996 à Londres chez un client, et j’ai trouvé ce métier fabuleux car il s’inscrivait dans la durée, la performance et l’innovation. » Bien au-delà de l’aménagement de bureaux, la profession appréhende l’ensemble des services liés à la vie de l’immeuble qui englobe son entretien, le confort et la sécurité des personnes. Ce n’est qu’en 2004 que Pascal Loudet aura l’occasion d’exercer cette profession dans l’Hexagone lorsqu’il rejoint Facéo.


Ces transformations sont révélatrices d’une tendance de fond : la financiarisation de l’immobilier, considérée désormais comme un actif classique. C’est ainsi que se rejoignent aujourd’hui l’immobilier et la gestion patrimoniale. Le parcours d’Elisabeth Doffin l’illustre parfaitement. Après un master en management des services immobiliers, cette jeune diplômée de 26 ans est devenue conseillère en gestion patrimoniale chez Audit et Solutions en octobre dernier. Son rôle : réaliser un bilan patrimonial et, en fonction des objectifs du client (retraite, succession...), trouver un dispositif qui permet d’optimiser le patrimoine. « C’est un métier très prenant qui exige une remise en question constante car nous gérons nos clients sur le long terme », confie Elisabeth Doffin. Yvette Hue, présidente de la Chambre nationale des experts immobiliers, intervient aux côtés des conseillers en patrimoine. Elle explique : « La crise crée plus d’insécurité et les acteurs ont tendance à s’abriter derrière un rapport d’expertise. Voilà pourquoi nous sommes davantage sur une approche professionnelle des marchés où l’expert trouve sa place. »


D’autres expertises se sont développées au gré de l’évolution du droit de l’immobilier qui met l’accent sur la protection de l’acquéreur. Depuis la loi Carrez de 1996, obligeant à mentionner la superficie privative des lots de copropriété dans tout acte de vente, la recherche de plomb, d’amiante, de termites, ou la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain sont autant de garanties supplémentaires qui ont favorisé l’émergence de nouveaux métiers, comme celui de diagnostiqueur. Xavier Caryon a passé dix ans dans les matériaux de construction avant de se reconvertir, en 2007, dans ce métier qu’il exerce à Paris. En six mois, il suit douze formations au sein de l’organisme de formation à l’expertise, Optimize, pour se mettre à niveau par rapport à la réglementation qui régit directement son métier. « La profession est apparue un temps comme un eldorado car de nombreux cadres se sont reconvertis en diagnostiqueurs. Mais à l’avenir, le métier va se structurer et il sera davantage réservé à des gens du bâtiment. »


Révolution culturelle


D’une manière générale, le développement durable est destiné à bouleverser la façon d’appréhender le bâtiment. Hubert Allain a une formation d’ingénieur en travaux publics. Depuis deux ans, il est responsable de la promotion immobilière chez Crédit Agricole Immobilier où il est également en charge du développement durable. « Les métiers de l’immobilier doivent s’adapter et chaque professionnel essaie d’intégrer la dimension développement durable, explique-t-il. Cette évolution des métiers est aussi forte que si l’on faisait un tour complet de la tête pour regarder dans une autre direction. » Ainsi, la société est en train de mettre en place une certification de management environnemental, accompagnée d’une charte de développement durable.


Tous les secteurs du bâtiment sont visés et Christian Tegon, directeur du département bâtiment durable et responsable de l’équipe HQE chez Inddigo à Bordeaux, le confirme : « Nous assistons à une révolution culturelle car c’est une autre façon de penser le bâtiment. Mais il faut voir ces métiers dans l’avenir, nous n’en sommes en effet qu’au prélude et nous devons rester humbles. » Ainsi, Christian Tegon a doublé son équipe bâtiment durable entre 2007 et 2008. Le professionnel conclut : « Ces métiers sont destinés à devenir incontournables dans les prochaines années mais des sociétés d’expertise comme la nôtre risquent de disparaître car les bureaux d’étude et les architectes auront acquis ces compétences. »

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