Sur le premier semestre, Deutsche Bank figure premier au classement Thomson Reuters des conseils sur les transactions de fusions-acquisitions (M&A) annoncées en France. La banque allemande était déjà quatrième au 30 juin 2009, avant même le recrutement de sa nouvelle équipe venue de BOA-Merrill Lynch, juste derrière JPMorgan, qui demeure troisième tandis que Credit Suisse devient quatrième. Rappelons également que Goldman Sachs, douzième dans ce classement par opérations annoncées, est tout près du premier dans notre classement par opérations bouclées (L'Agefi Hebdo du 1
er juillet).
« Le marché français du M&A reste sans doute l'un des plus compétitifs pour les grandes banques de financement et d'investissement (BFI) internationales du fait de la présence sur ce métier, à la fois, de trois grandes banques nationales, des boutiques historiques Lazard et Rothschild, et de tous les acteurs européens », explique Olivier Barret, coresponsable (venu de Morgan Stanley l'an dernier) de la BFI de Credit Suisse. En effet, les banques françaises, moins concurrencées par les étrangères sur les dossiers de financement depuis que la crise s'est installée (lire page 28), ont presque la garantie d'obtenir en retour au moins une partie des mandats de conseil en fusions-acquisitions de leurs clients.
Mais si on a longtemps eu l'impression que ce métier s'exerçait surtout dans les cercles d'un « establishment » parisien très fermé, elle est en passe de s'effacer pour deux raisons principales. Premièrement, les banquiers des structures étrangères ont su, grâce à une certaine stabilité des équipes, construire des relations de long terme pour devenir conseils sur de grandes opérations franco-françaises telles que : Areva T&D (pour Credit Suisse, HSBC, Deutsche Bank, Morgan Stanley, BoA Merrill Lynch, Goldman Sachs, JPMorgan), Icade Pôle Logements (Deutsche Bank et HSBC), Transdev-Veolia (Credit Suisse et Morgan Stanley), SMC-Crédit du Nord (Citi), etc.
Sur ce point, HSBC présente un cas particulier puisque sa BFI française tient notamment sa force de la fusion avec le CCF en 2000 : « Nous considérons que notre banque a une ‘double nationalité' à la fois française et internationale », note Stéphane Bensoussan, managing director de la banque des Champs-Elysées, reconnaissant l'importance de l'antériorité de certaines relations. Ce qui permet notamment aux équipes de Jean Beunardeau, directeur général délégué responsable pour la France de la BFI (et des marchés), d'intervenir régulièrement aux côtés de l'Etat sur des dossiers comme Areva T&D ou encore, en 2009, sur BPCE et l'importante structuration du FSI (Fonds stratégique d'investissement). Présente à Paris depuis 1967, la BFI Morgan Stanley était également conseil sur le FSI, pour le compte de la Caisse des dépôts.
Internationalisation
Surtout, les BFI internationales ont des arguments à faire valoir dans un métier du conseil qui porte de plus en plus sur des opérations transfrontalières. Par exemple, si Bucéphale Finance était aussi conseil d'Astorg pour la sortie de Geoservices, Goldman Sachs (également conseil du fonds sur la sortie de Sebia) a assuré les négociations à l'international et notamment avec l'acquéreur final, Schlumberger, qui regardait le dossier depuis longtemps. « Au moins les deux tiers des transactions françaises sont désormais ‘cross-borders' », évalue Valérie Landon, coresponsable de la BFI de Credit Suisse en France, en évoquant les forces d'une banque qui a particulièrement mis en valeur ses activités à Paris, et conseille actuellement, entre autres deals, la vente d'Axa SA Life à Resolution Ltd et le rapprochement entre Merial (activités de santé animale de Sanofi) et Intervet/Schering-Plough (Merck).
« J'en avais déjà un peu conscience, mais j'ai tout de même été impressionné par le réseau de Deutsche Bank dans le monde et en particulier en Asie », souligne aussi Emmanuel Hasbanian, responsable M&A de la banque allemande arrivé mi-2009 avec Marc Pandraud de BoA Merrill Lynch, et notamment conseil des opérations en cours Sperian-Honeywell ou Axa Asia Pacific-NAB. Des structures comme Nomura (ex-Lehman Brothers), également présente sur cette dernière transaction (avec aussi JPMorgan et Macquarie Bank), ou même la boutique DC Advisory Partners (ex-Close Brothers) rachetée par la japonaise Daïwa Securities SMBC, comptent également sur leurs connexions en Asie pour y développer des affaires.
Marchés de capitaux plus difficiles
Goldman Sachs, qui a repris la tête des classements mondiaux en M&A au premier semestre, a longtemps été leader sur les grandes augmentations de capital ou les introductions en Bourse (IPO) en France. Mais ce segment ECM (Equity Capital Markets), dont elle est ici deuxième grâce aux augmentations de capital de Legrand et de Technicolor (ex-Thomson, dans le cadre de la restructuration), n'est plus significatif aujourd'hui. Egalement présente sur Technicolor, RBS a aussi participé, avec Credit Suisse et BNP Paribas, à l'IPO de Medica, la principale cette année en France avec un placement de l'ordre de 300 millions d'euros. Tandis que Morgan Stanley a émis, avec BNP Paribas et Crédit Agricole CIB, l'obligation convertible de Gecina.
« Certaines entreprises souhaitent que leur banque traditionnelle domestique ait un rôle actif dans le placement, notamment dans le cadre des introductions en Bourse où la maîtrise d'un réseau peut jouer un rôle important. Cela étant dit, de façon générale, il faut aussi pouvoir s'adresser aux investisseurs internationaux », rappelle Jean Raby, directeur général de Goldman Sachs, qui a souvent été associée à une BFI française par le passé. « Pour l'Europe, les opérations d'envergure nécessitent en effet de mobiliser la demande internationale située à Londres », confirme Alban de La Sablière, managing director chez Morgan Stanley, en évoquant des équipes « intégrées » des deux côtés de la Manche. Sauf que, aujourd'hui, le marché primaire s'est considérablement réduit en France, au contraire des pays émergents et notamment asiatiques, et n'intéresse plus, avec des émissions de 30 ou 50 millions d'euros, les grandes BFI internationales (ni leurs investisseurs) qui - « malgré des compétences techniques souvent plus sophistiquées », commente un observateur avisé - laissent donc la place à des boutiques locales. Une tendance du segment ECM parisien à être orienté vers les midcaps qui, à moins de proposer des programmes d'émission tournés vers l'étranger, devrait probablement durer...