La guerre des bonus n'aura pas lieu à Pittsburgh. C'est ce que laisse présager un entretien publié ce jour par le Wall Street Journal, de la ministre française de l'économie et des finances, Christine Lagarde.
La France reste déterminée à aboutir à l'occasion du prochain sommet des chefs d'Etat et de gouvernement à un accord sur des restrictions concrètes et détaillées concernant les bonus du secteur de la finance. Mais il n'est plus question pour Christine Lagarde de souhaiter imposer des barrières absolues à ces rémunérations. L'idée d'une limitation des bonus a été émise par Paris, déclenchant la défiance de nombre de ses partenaires. La semaine passée encore, la ministre de l'économie faisait part de son «très vif espoir» et de sa «très vive détermination» à obtenir gain de cause à Pittsburgh suite aux discussions entre Nicolas Sarkozy et ses homologues.
«Nous ne sommes pas obtus au point d'exiger un chiffre» a confié Christine Lagarde au quotidien américain. Elle assure toutefois que «nous voulons quelque chose qui puisse se rapporter à des paramètres concrets ... quelque chose qui limite et encadre réellement la rémunération».
Les rémunérations ne sont nullement à ses yeux un sujet secondaire des discussions du G20, et un appel commun à condamner les excès semble tout à fait indispensable.
Si la ministre entend bien confirmer le volontarisme français à Pittsburgh, ses déclarations au WSJ semblent ouvrir plus clairement la voie d'un large consensus. Seule l'Allemagne semblait pouvoir se ranger du côté de la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni privilégiant la réflexion sur le renforcement des fonds propres des banques. Christine Lagarde assure ne pas rechercher une «solution française», mais une «solution détaillée qui puisse s'appliquer au niveau mondial».
A la lumière de ces déclarations d'intention sur les bonus, un responsable du Conseil de stabilité financière (CSF) a d'ores et déjà formulé cette semaine une hypothèse qui pourrait rapprocher les points de vue. Au sein des recommandations précises qu'il doit présenter au G20 sur la manière dont les banques se doivent de restructurer leurs grilles de rémunérations, le CSF devrait ainsi prôner une limitation très stricte des bonus tant que les exigences en matière de fonds propres ne seraient pas respectées.