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CNP Assurances réaffirme son modèle |
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| Par Thomas Carlat |
le 28/02/2008 |
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Malgré rumeurs et critiques, l’assureur demeure serein sur son avenir et la réussite de son plan.
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Début d’année agité pour CNP Assurances. Depuis plusieurs semaines, le premier assureur de personnes français n’est pas épargné : rumeurs de dépréciations sur son portefeuille de titrisation, chute du titre en Bourse, scepticisme entourant son nouveau plan stratégique... et surtout bruits persistants sur l’évolution de son capital, contrôlé à 75 % par la Caisse des dépôts (CDC), La Banque Postale et le Groupe Caisse d’Epargne. Ces spéculations sont notamment nourries depuis novembre dernier par l’intérêt que lui manifesterait Axa. D’autres ténors de l’assurance française et européenne lui auraient emboîté le pas. Pour l’heure, aucune offre formelle n’a été faite et, officiellement, les intéressés se gardent bien d’afficher leurs intentions. « Les trois actionnaires ont indiqué qu’ils ne souhaitaient pas céder leurs participations dans CNP Assurances. A ce jour, le dossier n’est donc pas sur la table. Mais s’il l’était, nous le regarderions avec une attention soutenue », a prudemment déclaré Jean Azéma, directeur général de Groupama. Même son de cloche chez Axa qui, s’il refuse de commenter la rumeur, précise « qu’il n’y a pas de vendeurs, donc pas d’acheteurs ». Mais en coulisse, certains fourbissent leurs armes, plaidant leurs causes tant auprès de la Caisse des dépôts que de Bercy ou de l’Elysée.
La partie est loin d’être gagnée. Le dossier CNP est complexe, notamment en raison de son volet éminemment politique. Un décret, publié lors de son entrée en Bourse en 1998, a en effet pris la peine de stipuler que le secteur public doit contrôler au moins 61 % de la CNP. Or, ce texte n’a jamais été abrogé. Toute évolution du capital passe donc par une intervention des pouvoirs publics, l’Etat étant également actionnaire de la CNP à hauteur de 1 %.
Un pacte renforcé
En outre, les actionnaires ont renouvelé il y a tout juste un an leur pacte jusqu’en 2015. Un pacte plus contraignant que sa version initiale de 1998 puisqu’il prévoit que ses signataires « ne pourront procéder directement ou indirectement à aucune cession d’actions ». Dans ce contexte, tout en reconnaissant être attentive, la direction de la CNP se montre relativement sereine. « Ce pacte a rendu la maison plus solide qu’elle ne l’était, indique Edmond Alphandéry, président du conseil d’administration de CNP Assurances. Nous avons très bien balisé l’avenir. » Un avenir d’autant mieux balisé que ses accords commerciaux avec ses deux distributeurs, La Banque Postale et la Caisse d’Epargne, ont également été prolongés jusqu’en 2015. « Ce sont de très bons accords pour les deux maisons, estime Edmond Alphandéry. Objectivement, il est très difficile de trouver un assureur qui leur accorderait les mêmes conditions. »
Les rumeurs sur un démantèlement de la CNP ont principalement été alimentées par les difficultés actuelles de l’un de ses distributeurs, à savoir les Caisses d’Epargne. Afin de se mettre en conformité avec la réglementation Bâle II, l’Ecureuil doit en effet trouver 3,2 milliards d’euros pour consolider ses fonds propres. Certes, la banque peut compter sur le soutien de ses caisses régionales. Mais en se séparant aujourd’hui de sa participation dans la CNP, elle pourrait potentiellement récupérer près de 1,8 milliard d’euros supplémentaires.
Stratégiquement pourtant, une telle issue ne serait pas forcément judicieuse pour la Caisse nationale des Caisses d’Epargne (CNCE). Elle a en effet cédé à la CNP l’intégralité d’Ecureuil Vie. Sortir de l’assureur la pousserait donc à reconstruire de zéro une nouvelle usine en assurance vie. Certes, elle pourrait toujours envisager un partenariat avec Natixis Assurances, sa filiale avec son partenaire Banques Populaires. « Mais Natixis Assurances est encore un acteur de petite taille sur le marché français et ne pourrait pas lui fournir les mêmes flux que la CNP », nuance une analyste. Quant à envisager une alliance avec un autre prestataire, la tâche serait loin d’être simple. « La Caisse d’Epargne ne trouvera jamais un assureur qui paiera plus de commissions aux réseaux que la CNP, estime Nicolas Schwartzmann, analyste chez Exane BNP Paribas. Axa fait des marges de 20 % alors que la CNP fait des marges de 10 %. Chaque fois que les marges de la CNP augmentent, les réseaux demandent et obtiennent des hausses de commissions. Axa serait-il prêt à faire de même ? »
Un nouveau plan ambitieux
Les actionnaires/distributeurs sont en effet particulièrement bien traités par l’assureur : niveau de commissionnements élevés, versements de dividendes conséquents et quote-part de résultats. En outre, la CNP représente un poids non négligeable dans les résultats de chacun. Elle contribue ainsi à hauteur de 15 % à ceux de l’Ecureuil. En 2006, elle a apporté 143 millions d’euros au résultat d’exploitation de La Poste. Difficile, dans ce contexte, de se séparer d’un tel actif. D’ailleurs, conscients de l’importance de la compagnie, les actionnaires ont approuvé à l’unanimité, début janvier, le nouveau plan stratégique 2008-2012 de la CNP. « Tout le monde s’est engagé dans ce plan. Il a été élaboré en cohérence avec les objectifs à moyen terme du Groupe Caisse d’Epargne et de La Banque Postale », souligne Edmond Alphandéry.
Un plan pour le moins ambitieux. Sur les cinq prochaines années, l’assureur vise une croissance de 50 % de son chiffre d’affaires et de 90 % de son résultat brut d’exploitation, accompagné d’un doublement de la valeur des affaires nouvelles. « Par le passé, nous avons déjà réussi de telles performances, précise Gilles Benoist, directeur général de CNP Assurances. Notre ambition est de rééditer la même performance sur les cinq ans à venir mais dans un environnement plus difficile. »
Ce plan a toutefois suscité un relatif scepticisme auprès du marché (lire l'entretien). Principal écueil : la forte dépendance de la CNP au marché français où elle réalise 85 % de son activité. Or, l’assurance vie est de plus en plus concurrencée par des produits bancaires plus liquides et un Livret A à 3,5 %. « Il y a aujourd’hui un fort ralentissement sur les flux et les encours en assurance vie en France, premier marché de la CNP, remarque Danny Jacques, analyste chez Raymond James Euro Equities. Le plan risque donc de connaître un démarrage difficile sur les premiers mois de l’année 2008. » L’assureur mise pourtant sur une croissance de 1,5 % de la collecte brute en France en 2008, puis de 3,9 % dès 2009. « Nous n’avons pas été béatement optimistes sur le marché français, se défend Gilles Benoist. Nous avons complètement intégré la concurrence des produits d’épargne à court terme comme le Livret A. » L’assureur rappelle d’ailleurs que sa force tient davantage dans la gestion de ses encours, grâce auxquels il réalise 80 % de ses revenus, que des affaires nouvelles qui ressortent pour 20 % de son résultat.
Doubler l’international
En outre, CNP Assurances mise sur l’amélioration de sa productivité pour atteindre ses objectifs. « Nos coûts de gestion ne cessent de diminuer et nous avons encore de la marge dans ce domaine », indique Gilles Benoist. Plusieurs chantiers sont en cours dont un vaste projet de dématérialisation de l’ensemble des actes de ses grands centres de gestion.
Mais c’est surtout de l’international que viendra la croissance de l’assureur. En cinq ans, il souhaite en effet doubler la part des activités hors de France, passant de 15 % à 30 % d’ici à 2012, tant par croissance organique que par acquisitions. « La moitié du chemin entre le stade actuel de 15 % du chiffre d'affaires à l'international et le doublement prévu au bout de cinq ans sera réalisée par la croissance organique des filiales existantes, précise Gilles Benoist. La deuxième partie sera obtenue par croissance externe à travers des sociétés communes, selon notre modèle d'affaires. » Pour y parvenir, la CNP compte doubler ses investissements, à environ 2 milliards d’euros. Une force de frappe financière jugée cependant insuffisante. « Pour changer de taille à l’international, la CNP doit réaliser des acquisitions d’une autre ampleur, explique Cyrille Chartier-Kastler, président de Facts & Figures. Or, ses moyens financiers sont insuffisants et certains de ses actionnaires n’ont ni la capacité ni l’envie de remettre au pot. » L’assureur rappelle cependant que son modèle à l’étranger est celui de la joint-venture en bancassurance. Les deux partenaires financent donc à moitié les acquisitions. « Dans la croissance externe, ce qui coûte cher, c’est d’acheter une compagnie qui est propriétaire de son réseau de distribution, nuance Danny Jacques. Or, dans le modèle CNP, le mode opératoire se fait en joint-venture avec une banque qui ouvre son réseau aux produits de l’assureur tout en restant bien entendu pleinement propriétaire. On n’est donc pas sur les mêmes ordres de grandeur en termes de montants à investir. » Reste que les cibles se font rares et que les géants du secteur ont déjà posé des jalons dans les zones ciblées par la CNP, à savoir l’Europe de l’Est et du Sud. L’assureur a jusqu’en 2012 pour transformer l’essai. Une échéance qui correspond, coïncidence ou pas, au point d’étape fixé par une clause du nouveau pacte d’actionnaires.
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