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Bonus, plus de peur que de mal

le 19/02/2009

Les nouvelles règles annoncées en France sur les rémunérations variables ne perturbent pas les banquiers outre mesure.

Agé d’une quarantaine d’années, Martin S., responsable d’un desk de trading de 40 personnes dans une grande banque de financement et d’investissement (BFI) française, s’est presque senti soulagé lorsqu’il a pris connaissance des nouveaux principes découlant du rapport sur la rémunération des opérateurs de marché, remis le 11 février au ministre de l’Economie, Christine Lagarde. « Etant donné le lynchage dont les banquiers font l’objet actuellement, je suis surpris que ces mesures soient aussi neutres », déclare ce professionnel. Alors qu’il fait partie de la population directement visée par les mesures, un tel flegme peut surprendre. Mais « depuis le tout début de la crise, les banques ont déjà anticipé ces règles », explique-t-il. Dans un contexte où les établissements bancaires, en France, mais aussi en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, font l’objet de virulentes critiques, les attaques de l’opinion publique, des autorités de régulation et des pouvoirs publics se sont cristallisées sur les bonus, dont le versement au sein des banques hexagonales est attendu pour le mois prochain.



Ainsi, les conclusions des groupes de travail de la place (lire l’entretien page 43) ont conduit à plusieurs recommandations, applicables dès 2010, visant à rendre plus transparente la rémunération variable pour tous les professionnels (« front-office, fonctions supports, contrôle », précise le texte) des BFI et des activités de marché quelle que soit la forme juridique des entreprises : les bonus garantis sont interdits, sauf en cas d’embauche ou de rétention de fonctions clés où ils doivent être limités à un an ; le mode de calcul des bonus doit reposer sur le profit net en y intégrant tous les coûts ; une part significative de la rémunération variable doit être différée dans le temps ; le conseil d’administration doit se prononcer sur la politique de rémunération ; et les bonus des fonctions de support et de contrôle doivent être décorrélés des objectifs et des résultats du front-office. Si ce corpus de règles éthiques constitue la première démarche concrète et formelle d’un pays en matière de bonus dans la finance, il ne va pour autant pas bouleverser les modes de rémunération des banques, qui appliquent déjà certaines restrictions - comme des bonus garantis plus rares et des paiements différés - depuis le choc du crédit subprime en 2007.



Pas de règle écrite



Le problème est très délicat pour les autorités, qui veulent distiller une dose de régulation dans les systèmes de bonus, tout en évitant d’inciter les talents tricolores à partir à l’étranger. Mais il ne s’agit pas seulement de cela. Car vouloir s’attaquer au fonctionnement des bonus, c’est toucher à la « cuisine interne » des groupes bancaires. En effet, ces « boîtes noires », qui renferment un certain nombre de données, diffèrent d’un établissement à l’autre et sont… assez peu transparentes, tant il est difficile de connaître, dans le détail, quels éléments sont pris en compte et avec quelle pondération. « Il n’y pas de règle écrite, indique le responsable du desk de trading. Le manager négocie une rétrocession qui correspond à un pourcentage du bénéfice net avant impôt. S’opère ensuite une distribution ‘top down’, qui est connue seulement du top management et de la direction des ressources humaines. »



Contractuels dans des cas exceptionnels, les bonus sont alloués de façon discrétionnaire. « Leur assiette est déterminée par le ‘profit & loss’ (profit net, NDLR) de l’opérateur (mais ce n’est pas un pourcentage, d’où la notion de discrétionnaire), celui de son équipe, les résultats de l’activité (‘fixed income’, ‘equities’, M&A…), explique Denis Marcadet, président du cabinet de recrutement de cadres dirigeants Vendôme Associés. « Entrent également en compte des critères qualitatifs - personnalité, comportement, ou ‘note de gueule’. La clé de répartition de ces éléments varie selon les banques, voire au sein des différents départements d’un établissement », ajoute Vally Colli, son associée.



Des critères qualitatifs



En réalité, la prise en compte de critères qualitatifs dans le calcul des bonus diffère selon les banques et les métiers. « En 2006-2007, ces éléments n’entraient pas en considération, se souvient un ancien responsable des marchés de capitaux d’une BFI française. Aujourd’hui, la conjoncture a changé, le marché de l’emploi est en faveur du top management et les critères qualitatifs sont intégrés dans le schéma de calcul. » Selon lui, les recommandations stigmatisent les systèmes de rémunération variable, tandis que le vrai sujet dépasse les bonus : « Les banques sont très régulées en France. Les régulateurs publics comme l’Autorité des marchés financiers et la Commission bancaire avaient toutes les données en main, mais n’ont pas agi. J’avais moi-même, en permanence, trois ou quatre corps d’inspection dans mes équipes ! » De plus, ce professionnel, qui siégeait au comité exécutif de la banque au sein de laquelle il avait effectué une grande partie de sa carrière, est peu convaincu par les principes nouvellement édictés. « Les marchés n’ont pas d’histoire. Lorsque l’économie repartira, la compétition entre les banques va renaître et on va revenir à des niveaux de rémunérations élevés. Certains ingrédients du rapport de la FBF vont rester, comme le paiement des bonus sur plusieurs années, mais c’est une erreur de croire qu’il n’y aura plus jamais de gros bonus », poursuit-il. D’autant qu’« on oublie que la rémunération fixe n’est pas très élevée pour les traders, tient aussi à rappeler Charles Lai, associé du cabinet de recrutement de cadres dirigeants Leaders Trust. Ainsi, un trader qui affiche cinq à sept ans d’expérience gagne 60.000 à 80.000 euros par an. »



Enfin, il ne faut pas négliger l’aspect concurrentiel. Après une longue expérience en tant que trader, Kevin Thompson est aujourd’hui, à 40 ans, associé et gérant au sein de 360 Asset Managers, société de gestion qu’il a contribué à créer. Il relève le caractère défensif des bonus dans un univers très compétitif. « Avec l’arrivée des hedge funds, les banques ont adopté une vision davantage orientée à court terme sur leurs activités de marchés, explique-t-il. Car les modèles de rémunération des hedge funds attiraient beaucoup leurs traders et il leur fallait les suivre pour faire face à la concurrence. » « Les bonus garantis que l’on veut interdire sont aussi le moyen pour un établissement bancaire de développer une nouvelle activité, ce qui passe par le recrutement d’équipes entières, ajoute de son côté Jean-Paul Brette, directeur général du cabinet de recrutement Hudson. Il faut faire attention à ne pas scléroser les métiers de la BFI. »



Un risque juridique ?



Un autre point a peut-être aussi échappé aux autorités : le risque pour les banques de se voir réclamer des bonus sur le terrain juridique. « Des contestations peuvent se présenter dans douze mois ou plus, admet une avocate spécialisée en droit social d’un cabinet d’affaires parisien. Il est possible que les opérateurs qui constateront une baisse de leurs bonus l’année prochaine estiment qu’ils doivent toucher davantage et attaquent leurs employeurs. » D’après Dominique de La Garanderie, fondatrice et associée du cabinet La Garanderie & Associés, « si la rémunération variable d’un salarié est, en réalité, habituelle et rattachée à un mode de calcul précis (exemple 2 % du chiffre d’affaires réalisé), c’est alors une obligation contractuelle. Mais c’est au salarié de prouver l’application de cette règle de calcul récurrente tous les ans : la production de ses bulletins de salaires et de l’élément de calcul seront suffisants ».



Selon certains experts, plafonner les bonus aurait constitué un signe beaucoup plus fort. « Depuis quelques années, les commerciaux ont dans tous les autres secteurs une rémunération fixe de 70 % pour un variable de 30 %. Les traders ne sont pas du tout dans cet équilibre puisqu’ils peuvent parfois toucher 200 % de variable. Or, les recommandations de la FBF ne disent rien là-dessus », note ainsi Pierre Le Gunéhec, responsable de l’activité rémunération globale chez Hewitt, cabinet de conseil spécialisé sur ces sujets. Le Royaume-Uni, où est en train d’être mené un rapport indépendant sur le management des banques et leurs systèmes de primes, pourrait rattraper la France sur les bonus. Le ministre britannique des Finances, Alistair Darling, a récemment déclaré qu’il envisageait de « caper » les bonus dans les établissements bancaires. Une initiative qui donnerait un coup d’envoi évident à « l’approche européenne et mondiale » souhaitée par les autorités françaises sur la question des bonus.


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1 réaction(s)

Le mardi 10 mars par Ramuncho
Pas de morale, mais de l'efficacité ! Je suis RAVI que des professions touchent de gros salaires. Disons qu'un gars touche gros, et qu'il atteint avec son fixe la dernière tranche de l'impôt sur le revenu (IR). Pour tout bonus de 100 EUR bruts, son entreprise dépense 150 (50de charges sociales patronales environ), et le gars reçoit 78 de net après chges soc. salariales. Il paiera ensuite là dessus de l'impôt pour 28 (dernière tranche = 40% après abattement de 10%, soit taux d'impôt de 36%). Il lui reste donc en net à dépenser ou épargner, 50 EUR, pour 150 payés par l'entreprise. La différence (100) ce sont des chges sociales et de l'impôt ... Mais certains veulent moraliser tout ça : supprimons donc ce bonus. L'entreprise ne dépense plus pour ce salarié, et voit donc son bénéfice gonflé de 150 EUR. Elle va payer là dessus 1/3 d'impôt sur les sociétés, soit 50 EUR ... et le reste part dans la poche des actionnaires : un retraité américain en Floride, le baron de Rotchild en Suisse, ou un Hedge fund aux îles Caïman. Quelle belle morale ......... L'Etat touche moitié moins, et 50 EUR qui auraient pu être dépensés en partie en France sont partis à l'étranger. En ces temps difficile, si des sociétés privées veulent donner des grosses primes à leurs salariés quels qu'ils soient, grand bien leur fasse, et tant mieux pour nous. Ne pas se laisser aller aux discours démagos et un peu courts des médias et des politiques. Ne jamais hurler avec les loups, c'est là qu'on a le plus de chances de dire des bêtises.




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