Fin du suspense: le taux du Livret A sera ramené à 2,5% à compter du 1er février. Soit une baisse de 150 points de base (pb). Il s'agit bien d'un coup de pouce, puisque la stricte application de la formule réglementaire aurait donné un taux à 2%. Mais dans une habile manœuvre, Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, a suggéré une nouvelle méthode pour contenter les uns et les autres.
La banque centrale notait hier qu'une variation brutale de 200 points de base pourrait provoquer des «perturbations» dans la collecte de l'épargne et des «inquiétudes» chez les épargnants. C'est pourquoi elle propose que la variation du taux soit dorénavant limitée à plus ou moins 150 points de base et que son réajustement soit effectué tous les trois mois (au lieu de six). Des suggestions reprises par la ministre de l'économie Christine Lagarde, qui les soumettra au Comité consultatif de la réglementation financière – en demandant de généraliser ces règles aux autres produits d'épargne indexés sur le taux du Livret A (LDD, LEP, CEL).
«La bonne nouvelle vient du fait qu'à la prochaine révision, le taux n'ira pas en deçà de 1%, écrit Dominique Barbet, économiste chez BNP Paribas. L'application de la formule actuelle aurait impliqué, selon nos prévisions, un taux politiquement inacceptable de 0,25%.» En revanche, le fait de pouvoir le réviser plus souvent peut laisser supposer des variations plus fortes à moyen terme.
Au nom du vieil adage selon lequel toute baisse des taux bancaires réclame une baisse des taux d'épargne, la nouvelle n'a pas provoqué de scandale dans la sphère économique. En outre, le rendement de 2,5% doit être comparé à l'inflation, calculée à 1% au mois de décembre par l'Insee. «Le gain réel pour les épargnants n'a pas atteint un tel niveau depuis une dizaine d'années, rappelle Eric Delannoy, vice-président du cabinet de conseil Weave. L'inflation atteignait 3,6% l'été dernier alors que le taux du Livret était de 4%.»
Les banques ne s'attendent pas à des effets majeurs en terme de collecte, alors que le Livret A vient d'être banalisé. D'abord en raison du mécanisme de préréservation. Le livret peut même être un levier commercial intéressant: il peut encourager le transfert progressif des dépôts nouvellement captés vers des produits d'épargne longue type assurance vie, qui ont souffert l'année dernière.