Après la surprise qu'a constituée la rupture unilatérale des négociations avec le fonds Qatari Holdings, la famille Saadé regarde désormais du côté de la Belgique. Selon une source syndicale citée vendredi par Reuters, des discussions exclusives sont engagées en vue d'une entrée au capital de l'armateur français de la CNP, holding du milliardaire belge Albert Frère. Celui-ci pourrait injecter 300 millions d'euros au sein d'un groupe lourdement endetté, tandis que le Fonds stratégique d'investissement (FSI), soutien indéfectible, signerait un chèque de 200 millions d'euros. En contrepartie de cette enveloppe de 500 millions, les deux investisseurs recevraient au total quelque 30% du capital.
«On est en contact privilégié avec Albert Frère. On est en train de voir ce qui serait possible de faire avec eux. Mais il n'y a rien de définitif», commentait vendredi un porte-parole du FSI. Bien que l'affaire semble en bonne voie, la prudence reste de mise dans un dossier aux multiples rebondissements, marqué par les retraits successifs d'une foule d'actionnaires potentiels: Goldman Sachs et Louis Dreyfus, Apollo, Colony Capital, Qatari Holdings... Ce dernier, qui proposait un investissement confortable de 700 millions d'euros, s'est vu fermer la porte au nez pour des conditions jugées «trop dures» par Jacques Saadé. Il faut dire que dans cette guerre des nerfs, à laquelle se retrouve mêlé un pool de soixante-douze banques créancières, le fondateur de CMA CGM dispose d'un solide atout.
La nette amélioration de l'activité au premier semestre lui permet de limiter la taille de la recapitalisation. A la faveur d'une reprise du trafic mondial, le groupe a vu son chiffre d'affaires bondir de 41% en glissement annuel, à 6,8 milliards de dollars (5,2 milliards d'euros), selon des données obtenues par Bloomberg et confirmées par CMA CGM. Le volume de fret a progressé de 22% pour s'établir à 4,41 millions de conteneurs. Quant au résultat brut d'exploitation (Ebitda), il ressort à 1 milliard de dollars sur la période, contre une perte de 568 millions en 2009, et devrait selon les calculs de la société atteindre 1,8 milliard de dollars en 2010. Perturbé par le départ de son directeur financier, Jean-Yves Schapiro, le groupe a par ailleurs annoncé vendredi la nomination à ce poste d'Olivier Dubois. Il était jusqu'au mois de février dernier le directeur général délégué de Théolia.