2013, horizon de la liberté pour BPCE

Le groupe mutualiste sortira peu à peu du giron de l’Etat. Les réseaux devront faire de gros efforts pour éviter les cessions précipitées.

Par Amélie Laurin le 04/03/2010 pour L'AGEFI Hebdo

 
 

Pour BPCE, l'autonomie par rapport à l'Etat n'est pas pour demain. Le groupe issu en juillet de la fusion des organes centraux des Caisses d'Epargne et Banques Populaires commencera à rembourser cette année les actions de préférence souscrites par l'Etat au plus fort de la crise financière. Mais sans « objectif chiffrés » : François Pérol a été clair sur ce point en présentant les résultats de BPCE le 25 février. Le président du directoire du groupe mutualiste ne fixe pas non plus de calendrier mais seulement un horizon, 2013, pour s'acquitter de 6,3 milliards d'euros d'aide non remboursée, composée de titres super-subordonnés (TSS) et d'actions de préférence. En attendant, des intérêts continueront d'alourdir la facture, soit pour 2010 une charge qui pourrait atteindre 536 millions d'euros. Avec Dexia, BPCE reste la seule banque française à dépendre des deniers publics.

Pour remplir ses engagements, François Pérol privilégie l'émission de parts sociales. Déjà mises à contribution pour lever 3 milliards d'euros l'an dernier auprès de leurs 7 millions de sociétaires, les 37 caisses et banques régionales les solliciteront encore pour 2 à 3 milliards d'euros d'ici à 2013. Soit moins de la moitié des sommes dues par BPCE, qui veut porter son ratio de fonds propres durs (Core Tier one) à plus de 8 % fin 2013, contre 7 % au 31 décembre 2009. Sur la base de ses risques pondérés (412 milliards d'euros fin 2009), le groupe devra lever 4 milliards d'euros supplémentaires. Cela ne lui permettra peut-être pas de rattraper son retard sur Crédit Agricole SA, qui affichait déjà un Core Tier one de 9,3 % fin décembre, BNP Paribas (8 %) et Société Générale (8,4 %). BPCE disposait aussi fin 2009 d'un des niveaux de fonds propres durs les plus faibles en valeur absolue, à 28,8 milliards d'euros environ. Sa remise à niveau ne l'exonérera pas d'ajustements supplémentaires, comme les autres banques, pour se conformer aux futures normes comptables Bâle III.

Diminuer les risques pondérés

Pour limiter les besoins de BPCE, François Pérol a souligné que le groupe pourrait diminuer le total de ses risques pondérés (risk weighted assets, RWA). Sur ce volet, BPCE compte aussi faire des économies en utilisant la méthode comptable avancée (norme IRBA) pour la banque de détail des Caisses d'Epargne. « La trajectoire de ce projet a été présentée à la Commission bancaire dès l'été 2009 », précise le groupe.

Au-delà des changements comptables, les effets les plus immédiats du plan stratégique de BPCE se feront sentir sur les contours même du groupe. François Pérol, ex-banquier d'affaires chez Rothschild, écarte pour l'heure toute nouvelle cession mais fait le tri dans son portefeuille d'actifs. La séparation entre métiers stratégiques et « participations financières » de Natixis a ouvert la voie l'été dernier. Une négociation exclusive est en cours avec Axa Private Equity pour la reprise d'une partie de ses activités de capital-investissement (lire aussi page 14), tout comme une « réflexion » pour l'assureur crédit Coface, confirme Laurent Mignon. Pour le directeur général de Natixis, toutes les options sont ouvertes, d'un partenariat à une introduction en Bourse.

Le pôle immobilier de BPCE vient lui aussi de rejoindre la case « participations financières ». Hormis le promoteur Nexity, qui reste dans le giron des Caisses d'Epargne, l'administrateur de biens Foncia, le courtier Meilleurtaux et la foncière Eurosic vont être remontés d'ici à fin juillet des holdings intermédiaires Banques Populaires Participations et Caisses d'Epargne Participations - amenées à disparaître - vers BPCE (voir l'organigramme ci-contre). Le même sort attend le Crédit Foncier, MA Banque et Banque Palatine, déjà mise en vente il y a un an. Plus proches du coeur de métier du groupe, ces sociétés pourraient aussi faire les frais de la rationalisation des actifs, tout comme la Société Marseillaise de Crédit, déjà dans l'orbite de BPCE. Le groupe ne précise pas ses ambitions pour ces entités, sauf pour le Foncier, appelé une nouvelle fois à développer des synergies avec les réseaux.

Cette revue d'actifs ne répond pas encore à une double question cruciale : quand et à quel prix seront vendues ces participations, parfois acquises en haut de cycle ? Ainsi, la cession de Foncia, qui semble en tête de liste, pourrait entraîner une moins-value considérable. Rachetée 1,3 milliard d'euros en janvier 2007 par les Banques Populaires, l'entité est désormais valorisée autour de 500 millions d'euros.

Accroître la productivité

Pour assurer sa solidité financière, BPCE table enfin sur la hausse des revenus et les synergies de ses métiers de base, à savoir la banque de réseau, l'assurance, et la banque de gros de Natixis. L'objectif est de doubler le rendement des fonds propres pour atteindre plus de 12 % en 2013 (voir le tableau page 22), quand ses concurrents visent plutôt 15 %. Les Banques Populaires devront accroître leur produit net bancaire (PNB) de 3,1 % par an en moyenne, un rythme deux fois plus élevé que pour les Caisses d'Epargne. A l'Ecureuil, d'importants efforts sur les coûts seront engagés pour réduire le coefficient d'exploitation de 7 points de base, à 68 %, contre -3 points de base aux Banques Populaires, à 64,5 %. Au total, les charges devront diminuer d'un milliard d'euros et l'intensification des relations commerciales entre les réseaux et Natixis devra permettre de dégager 810 millions d'euros de PNB supplémentaire.

Pour conduire ce programme, François Pérol a fait entrer au directoire Olivier Klein, le patron de la Caisse d'Epargne Rhône-Alpes désormais seul aux manettes de la banque commerciale, et Philippe Queuille, déjà membre du comité de direction générale et à présent en charge des « opérations » et de la réorganisation de l'organe central. « Les caisses et banques régionales veulent que BPCE se concentre sur les questions de régulation et la gestion des participations, estime un bon connaisseur de la maison. Pour le reste, elles veulent conserver une certaine autonomie. » Le départ à la retraite d'un tiers des 190 dirigeants du groupe d'ici à cinq ans pourrait aider François Pérol qui souligne « l'opportunité et le défi » offerts par ce renouvellement.

Conquérir de nouvelles frontières

Du côté de Natixis, principal foyer de pertes du groupe (5,6 milliards d'euros en quinze mois avant un retour aux profits au troisième trimestre 2009), les changements sont déjà en cours. La filiale cotée a été redécoupée en trois pôles l'été dernier : épargne (gestion d'actifs, etc), services financiers spécialisés et banque de financement et d'investissement (BFI) (L'Agefi Hebdo du 3 septembre). Elle vise désormais 6,7 milliards d'euros de PNB en 2013, au lieu des 6,1 milliards annoncés en août, mais cet ajustement résulte pour partie du reclassement de TSS en fonds propres, soulignent les analystes de Credit Suisse. Au quatrième trimestre 2009, Natixis a pu ainsi dégager 398 millions d'euros de revenus complémentaires. L'impact de la « gestion active des actifs cantonnés » (GAPC) sur les comptes reste en revanche inconnu, alors que le portefeuille d'actifs illiquides de Natixis pesait encore 31,8 milliards d'euros fin 2009.

Au-delà des questions financières, BPCE entend « conquérir de nouvelles frontières géographiques ». Cela passera par l'allocation de fonds propres à la banque commerciale à l'international, principale surprise du plan stratégique (lire l'encadré), mais aussi par le développement ciblé de Natixis en gestion d'actifs et en BFI à l'étranger. « On est bien loin de la clientèle naturelle de BPCE, à savoir les PME françaises, juge Christophe Nijdam, analyste chez AlphaValue. Il est plus urgent de redresser le profit opérationnel de la BFI. »

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