L'homme clé - Pierre-Michel Passy, président du directoire d'Edmond de Rothschild Investment Partners

« Du capital-développement avec les techniques de la gestion traditionnelle »

Par Fabrice Anselmi le 08/12/2011 pour L'AGEFI Hebdo

 
 

Du levier sans levier. C'est en résumé la stratégie insufflée par Pierre-Michel Passy dans Edmond de Rothschild Investment Partners (EdRIP), près de dix ans après sa création. Cette société spécialisée en capital-investissement minoritaire vient d'annoncer la levée définitive, en seulement six mois, de son nouveau fonds de capital-développement dédié aux petites valeurs, Cabestan Capital, à 112 millions d'euros (au-delà des 80 à 100 millions visés). « Ce fonds sur un segment ‘small caps', que nous accompagnions jusqu'à présent via des FCPI* et FIP*, complète bien notre offre pour les investisseurs institutionnels voulant jouer un rôle dans le financement de la croissance des PME, expose le président-fondateur d'EdRIP. Dans un contexte économique incertain, ces souscripteurs ont été sensibles à l'attractivité du profil risque-rendement de l'investissement minoritaire non coté, qui peut être décorrélé des marchés comme ce fut le cas fin 2008. » Ainsi qu'à un savoir-faire déjà démontré à travers d'autres FCPR* dédiés aux midcaps (Winch Capital 1 et 2) et aux biotechs (BioDiscovery 1, 2 et 3).

Alignement d'intérêts
Entré à La Compagnie Financière Edmond de Rothschild en 1986, pour y gérer très vite les fonds de capital-développement, cet analyste économique et financier rappelle comment l'approche jusque-là « généraliste » du groupe bancaire avait évolué en 2002 vers des filiales spécialisées : Edmond de Rothschild Capital Partners pour les opérations avec effet de levier (leveraged buy-out, LBO) et EdRIP pour le capital-investissement minoritaire. « Continuer dans cette voie ‘à contre-courant', alors que tout le monde optait pour le LBO à l'époque, passait par un accompagnement opérationnel actif auprès d'entreprises familiales qui ouvrent leur capital souvent pour la première fois, relate Pierre-Michel Passy. Nous offrons désormais un réseau de contacts ‘propriétaires' (avec dans un tiers des cas le soutien de la banque privée, NDLR) et un véritable alignement d'intérêts des parties. » Selon ce principe, il est également fier d'avoir associé tous ses salariés (désormais 31) au capital de la société de gestion (La Compagnie Financière en conserve 60 %).
Ce recours limité au levier financier - en moyenne 1,5 fois l'Ebitda pour l'ensemble du portefeuille - nécessite une gestion optimisée autour de la croissance, reposant sur le triptyque rendement, risque et liquidité. « Cela nous amène à une construction précise du portefeuille, reprenant à la gestion traditionnelle les techniques de diversification et de renouvellement des actifs », explique son garant. Les fonds, fermés, adoptent également tous une durée de huit ans, contre dix en général dans le private equity : « Nous voulons réfléchir dès le début, en partenariat avec l'entreprise, aux solutions de sortie, importantes pour nos investisseurs », poursuit Pierre-Michel Passy, évoquant 100 millions d'euros de cessions rien qu'en 2011, avec cette année un taux de rendement interne moyen supérieur à 30 %. En accompagnant avec succès des sociétés comme TWC (montres, bijoux), son équipe midcaps a par exemple déjà remonté aux investisseurs le montant du premier fonds Winch Capital, tout en détenant encore 60 % des actifs.
Désormais reconnue en France des investisseurs et des entreprises, la société de gestion a commencé à préparer l'avenir. Avec une nouvelle gouvernance organisée l'an dernier autour d'un directoire : deux des six directeurs associés présents depuis les débuts, désignés par rotation pour deux ans, en plus de Pierre-Michel Passy et du directeur financier. Et un nouveau développement à l'étranger via un partenariat en Italie avec Mast Capital Partners, sorte de « vigie » qui a déjà permis un investissement dans Fila (instruments d'écriture). 
*FCPI :fonds commun de placement dans l'innovation ;FIP :fonds d'investissement de proximité ; FCPR : fonds commun de placement à risque

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